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Avec la canicule, les huîtres manquent cruellement d'oxygène

Dans l'étang de Thau, près de Montpellier, les mollusques ont été décimés, privé d'oxygène par l'absence de vent et la canicule. Comme en 2003, la "malaïgue" a durement frappé le cheptel.

Dans l'étang de Thau, non loin de Montpellier, quelque 4.000 tonnes d'huîtres ont succombé à la "Malaïgue". Le phénomène favorisé par la canicule et l'absence de vent prive d'oxygène les mollusques. Cette "mauvaise eau", comme on dit en Occitan, décime les cohortes d'huîtres et de moules avec une mortalité pouvant aller jusqu'à 100% du cheptel. "La dernière grosse Malaïgue remonte à 2003, il y a eu une petite malaïgue en 2006 qui était cantonnée sur une zone à Bouzigues", explique Florent Tarbouriech, exploitant à Marseillan. La température de l'eau est montée cet été jusqu'à 30°, autrement dit 3° de plus que les étés précédents.

Pour sauver une partie de leur récolte, les ostréiculteurs doivent mettre en place des parades. Florent Tarbouriech a ainsi recours à un système électronique de relevage des huîtres.

"On les a sorties de l'eau à minuit pour les remettre dans l'eau à midi. Le fait de les remettre (en immersion) quand le milieu reproduit de l'oxygène grâce à la photosynthèse et aux petits courants, leur a permis de se recharger en oxygène et de continuer à vivre", détaille-t-il. 

Résultat le conchyliculteur a pu préserver la moitié de sa récolte. "Un tiers des coquillages sont morts, certains conchyliculteurs ont 100% de pertes", affirme de son côté Jean-Christophe Cabrol, conchyliculteur à Bouzigues et vice-président du Comité régional conchylicole de Méditerranée (CRCM). 

La préfecture annonce des aides d'urgence 

Face à la menace, les pouvoirs publics ne restent pas inactifs. Une commission départementale doit interpréter jeudi les résultats des expertises effectuées sur le terrain du 14 au 20 août pour évaluer l'ampleur des pertes, précise Cédric Indjirdjian, directeur adjoint des territoires et de la mer (DDTM) de l'Hérault. "Les entreprises conchylicoles étaient déjà fragilisées par des fermetures sanitaires" récurrentes dues au norovirus ou aux phytotoxines de type alexandrium et "la malaïgue est un problème de plus à gérer" pour elles, souligne Cédric Indjirdjian. 

La préfecture de l'Hérault, rapportait France 3 Occitanie, a enclenché le dispositif des calamités agricoles. Aussi, le fonds national de la gestion des risques agricoles va être sollicité, de même que les organismes sociaux (MSA et ENIM). Ainsi, vont-ils faciliter la prise des cotisations et autoriseront, le cas échéant, des facilités de paiement.

Quant à l'avenir des mollusques à long terme, François René, ancien président de la Commission scientifique de l'aquaculture, se veut rassurant. Il prédit que "les espèces (d'huîtres) vont s'adapter".

"Il y aura certainement disparition d'espèces, mais d'autres vont apparaître", précise-t-il. Certes, la situation n'est pas comparable à celle du début des années 70 quand, rappelait Futura France, face à une mortalité massive des huîtres françaises, une consœur japonaise (Crassostrea gigas) avait été introduite sur nos côtes. Mer intérieure, séparée de la Méditerranée par le mont Saint-Clair et un bras de sable, l'étang de Thau joue le rôle de laboratoire à ciel ouvert dans lequel ont peut lire l'avenir de nos écosystèmes confrontés au réchauffement climatique.

D. N. avec Thibaud Cheminant et Céline Durchon