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Unef: 83 adhérentes dénoncent des violences sexistes répandues pendant des années

La déléguée générale de l'Unef, Lila Le Bas, le 7 septembre 2016 à Nantes

La déléguée générale de l'Unef, Lila Le Bas, le 7 septembre 2016 à Nantes - LOIC VENANCE, AFP/Archives

Après une enquête sur les violences sexistes au sein de l'Unef entre 2006 et 2013, c'est désormais une tribune que signent 83 femmes dans le quotidien Le Monde pour dénoncer ces violences tues jusqu'ici.

Quatre-vingt-trois femmes, anciennes syndicalistes de l'Union nationale des étudiants de France (Unef), ont dénoncé mardi à travers une tribune les violences sexistes et sexuelles, dont des viols, commis selon elles pendant des années par des dirigeants de l'organisation. La tribune est signé par ces 83 femmes, mais également anciennes adhérentes de l'Unef, et publié dans le quotidien Le Monde. 

"Comment avons-nous pu militer avec tant d'énergie et d'abnégation dans une organisation en laissant les femmes, nous-mêmes, y endurer de telles violences ?", interrogent ces anciennes militantes ou cadres, en ne mentionnant que leur prénom. 

Des comportements sexistes au sein de l'Unef

Leur prise de position survient après les révélations de Libération sur des cas de harcèlement et d'agression sexuels au sein du Mouvement des jeunes socialistes (MJS) et un premier article du Monde révélant les comportements sexistes de l'Unef, aujourd'hui deuxième syndicat étudiant.

Le 17 novembre, l'Unef avait condamné ces violences dans un communiqué. Selon l'enquête du Monde, les comportements machistes y remontent aux années 1980 et se sont amplifiés au milieu des années 2000. Depuis une quinzaine de jours, les témoignages affluent au sein de l'organisation syndicale, si bien qu'une boîte mail dédiée à ces témoignages a été ouverte pour les recueillir, rapporte le quotidien.

"Nous osons désormais nous aussi dénoncer ces violences et leur ampleur systémique", écrivent les signataires de la tribune parue quelques semaines après la révélation du scandale Weinstein.

"Accentuer toujours un peu plus le mal-être de leur auditoire féminin"

Elles racontent que pendant des années, "au quotidien, la mentalité viriliste écrasait les valeurs progressistes" qu'elles défendaient, notamment "à travers une expression exacerbée de la domination physique et sexuelle".

"Nombreux étaient ceux qui vantaient la toute-puissance qu’ils exerçaient sur leur partenaire, se gaussant de pratiques dégradantes dans le but de briller devant leurs congénères et d’accentuer toujours un peu plus le mal-être de leur auditoire féminin", témoignent-elles.

"Combien de fois nous a-t-on demandé les numéros de téléphone de jeunes camarades ? Combien de fois avons-nous refusé ?", écrivent les signataires, selon lesquelles des viols ont aussi été commis sur des "proies, parfois très jeunes" par quelques hommes de l'organisation.

L'Unef présidée pour la première fois depuis 16 ans par une femme

Selon ces anciennes militantes, "le fonctionnement pyramidal extrêmement hiérarchisé avec ascension par cooptation, ainsi que la dépendance sociale et l’isolement socio-économique de certaines femmes pour la première fois indépendantes favorisaient les mécanismes d’emprise". Elles assurent qu'elles aideront celles qui décideront de porter plainte contre leurs agresseurs.

Reconnaissant le "travail engagé par les actuel(le)s militantes et militants, et les dirigeants de l'Unef", présidée par une femme pour la première fois depuis seize ans (Lila Le Bas, ndlr), elles incitent les femmes de toutes les organisations syndicales, associatives et politiques à prendre à leur tour la parole.

S.Z avec AFP