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Solo : la franchise Star Wars est-elle trop essorée?

Des affiches du film Solo, a Star Wars Story, le 12 mai 2018 à Los Angeles.

Des affiches du film Solo, a Star Wars Story, le 12 mai 2018 à Los Angeles. - Alberto E. Rodriguez / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Depuis la reprise par Disney de la franchise Star Wars, les épisodes et les spin-offs s’enchaînent et les fans ont parfois du mal à suivre le rythme.

Entre Renaud Thomas et Star Wars, c’est comme s’il y avait un peu d’eau dans le gaz. Et pourtant, c’est un fan, un vrai, puisqu’il est membre de l’association "Les héritiers de la force", qui organise chaque année la convention Génération Star Wars et science-fiction. Alors bien sûr, il ira voir Solo: a Star Wars Story, le spin-off dédié au personnage incarné par Harrison Ford dans la trilogie originelle, qui sort en salles mercredi. Mais disons que le plaisir n’est plus forcément le même depuis quelques temps. "Disney est en train d’un peu trop presser le citron et de faire en sorte d'avoir des rendements immédiats. A trop vouloir en faire, ils vont tarir l’intérêt des gens. On n’a plus le temps d’avoir envie de l’objet qu’il est déjà entre nos mains".

Il faut dire que le rythme a changé. Entre le dernier épisode de la première trilogie et le premier de la seconde, les inconditionnels de Dark Vador avaient attendu 16 ans. Il avait fallu ensuite patienter dix ans pour déguster la troisième trilogie. Entre-temps, Disney est passé aux commandes de la saga et a déjà promis une 4e trilogie pour 2019, après avoir sorti deux spin-offs: Rogue One en 2016 et donc Solo, alors qu’un autre sur Obi Wan Kenobi serait en préparation. 

Une frange radicale mais très minoritaire de fans aurait même décidé de boycotter les sorties en salles des épisodes estampillés Disney. Pour eux, avec quatre Star Wars en quatre ans, on est bien au-delà de l’overdose. Pour les fans de foot, ça reviendrait à jouer la finale de la Coupe du monde chaque année. 

"Si vous m’aviez dit que j’irais voir un Star Wars comme n’importe quel autre film..."

"J’en connais quelques-uns qui après avoir vu Le réveil de la Force se sont dit ‘pour moi, c’est fini’, confirme Paul Bragard, responsable de Mintitbox, un site spécialisé dans l’actualité des produits dérivés Star Wars. Mais Le phénomène anti-Disney m’énerve un peu. Je trouve qu’ils ont redonné une seconde vie à Star Wars, qui était un peu en train de mourir. Maintenant, si vous m’aviez dit il y a quelques années que j’irais voir un Star Wars comme n’importe quel autre film, je ne vous aurais pas cru". Lui-aussi se rendra en salle, "mais peut être sans le frisson au début du film". Une drôle de sensation dans une communauté qui se sent parfois autant propriétaire de l’histoire que les ayants droit légaux eux-mêmes.

Et le petit malaise n’est pas tellement lié à la qualité des films. Mais plutôt aux souvenirs d’enfance qu’en ont beaucoup de fans. 

"La richesse de Star Wars, à l’époque, c’était qu’on faisait le film nous-mêmes avec nos petits jouets parce qu’on avait que ça, se remémore Renaud Thomas. On imaginait un univers à notre image. Donc forcément ce qu’on nous propose aujourd’hui est en décalage. Certains fans ont cette nostalgie de l’enfance".

"C’est la madeleine de Proust. Vous êtes habitué à votre madeleine, mais dès que votre pâtissier essaie de vous refaire celle de votre enfance, et qu’elle n’est pas pareille, vous n’êtes pas content", ajoute Patrice Girod, ancien éditeur de Lucasfilm Magazine, le magazine officiel de Star Wars.

"Chaque Star Wars a sa génération. Ou chaque génération a son Star Wars"

Pour le fan qu’il est resté, il a eu droit à un privilège toujours très envié: voir Solo en avant-première. "Les originaux restent mes préférés. Mais pour Solo, j’ai regretté de ne pas avoir 10 ans. Je trouve que celui-là a vraiment l’essence de ceux de George Lucas: Star Wars est un film pour les enfants". Selon lui, en multipliant les épisodes, Disney ne fait pas que maximiser les profits immédiats, il fabriquerait aussi de nouveau fans.

"Chaque Star Wars a sa génération. Ou chaque génération a son Star Wars. La mienne a vu la première trilogie, mais ceux qui sont nés avec les épisodes 1, 2 et 3 préfèrent ceux-là aux 4, 5, et 6 parce que ce sont souvent les premiers qu’ils ont vu au cinéma. Certains fans plus récents, quand ils regardent les anciens opus, ils trouvent que ça fait un peu 'maquette'. Ce n’est pas tant le volume qui est inquiétant, c’est qu’il faut maintenir le niveau de qualité".

"Le film n’est pas un chef d’œuvre, mais c’est loin d’être la catastrophe annoncée"

La qualité, justement, fait forcément débat dans les rangs des fidèles. Que vaut Solo? "Le film n’est pas un chef d’œuvre, mais c’est loin d’être la catastrophe annoncée comme on a pu le lire partout. C’est un très bon divertissement de pop-culture et ça n’a pas plus de prétention que ça", assure Sébastien Galano, qui anime le site Planetestarwars. Ces derniers temps, il voit "beaucoup de gens sur Internet qui disent 'moi je boycotte Disney je n’irai pas le voir'. Je n’y crois pas du tout, et s’ils disent ça ils sont vraiment stupides parce que pour critiquer un film, il faut le voir. Condamner un film sans l’avoir vu c’est un manque d’intelligence".

Et d’intelligence, Disney n’en a pas manqué dans ses rapports avec les fans. Si Sébastien Galano a pu voir le dernier opus de Star Wars avant sa sortie en salle, c’est parce que la firme américaine l’a invité à la projection au festival de Cannes. "Les piles de notre jouet étaient mortes, et Disney en a remis des nouvelles. Ils savent aussi qu’il y a une grosse communauté et veulent capitaliser dessus. Ils nous soignent, c’est indéniable. Mais jamais ils ne nous ont demandé de ne dire que du bien, on a une totale indépendance". En cela au moins, les Américains respectent la tradition: "Quand je m’occupais du magazine, avant internet, on était même reçus par George Lucas lui-même. Ils savaient qu’entre les films, ce qui faisait vivre cette série, c’était les fans", conclut Patrice Girod.

Antoine Maes