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"Islamo-fascisme" : les mots bien choisis de Manuel Valls

Pour Manuel Valls, il faut combattre "l'islamo-fascisme".

Pour Manuel Valls, il faut combattre "l'islamo-fascisme". - Charly Triballeau - AFP

Après les attentats de Copenhague, Manuel Valls a pour la première fois appelé lundi à combattre « l’islamo-fascisme ». Une expression habituellement utilisée à droite.

Manuel Valls hausse le ton et parle d’"islamo-fascisme" après les attentats à Copenhague, qui ont fait deux morts. "Pour combattre cet islamo-fascisme, puisque c’est ainsi qu’il faut le nommer, l’unité doit être notre force. Il ne faut céder ni à la peur, ni à la division (…) il faut désormais une rupture", a-t-il affirmé sur RTL ce lundi.

L’emploi de cette nouvelle expression est pour Roland Dumas "un slogan pour faire de l’audimat", indique l’ancien ministre sur BFMTV. "Le fascisme, ce n’était pas cela."

Utiliser l'islam pour installer un régime totalitaire

Si Manuel Valls n’a pas donné de définition de l’islamo-fascisme, l’expression suggère la volonté d’instaurer un régime totalitaire avec l’utilisation de l’islam comme idéologie politique. C’est d’habitude à droite que cette expression était plutôt utilisée.

Dimanche, Christian Estrosi, le député-maire de Nice disait attendre des responsables musulmans "qu’ils prennent plus de responsabilité pour dénoncer l’islamo-fascisme" et inscrivait cette notion dans la même lignée que "le stalinisme, le nazisme". A l’UMP toujours, Bruno Retailleau avait déjà utilisé cette expression à propos de Daesh, qu’il désignait comme "le 3e totalitarisme mondial".

A gauche, Noël Mamère revendique aussi l’utilisation du terme d’"islamo-fascisme". "L’islamo-fascisme est le produit d’une histoire qui lui est propre et qui évolue dans un contexte, comme n’importe quel courant politique, écrivait-il après les attentats de janvier. Ne pas vouloir l’analyser, c’est s’interdire de le comprendre".

Réticent à parler d'islamophobie

Manuel Valls manie ces mots avec précaution. En 2013, il avait également usé d'une sémantique soigneusement choisie, quant à l’utilisation du terme "islamophobie". Le premier ministre préférait parler d’agressions "anti-musulmanes" plutôt que d’actes islamophobes. "Les mots ont un sens, et le terme suscite la polémique. Moi je choisis ceux que j’emploie", expliquait-t-il en 2013 à l'Obs. "Un fondamentaliste vous dira que brûler une mosquée, caricaturer le prophète Mahomet ou contrôler dans le respect de la loi une femme portant le voile intégral, c’est la même chose. Pour eux, il s’agit d’actes islamophobes, Je ne peux, moi, accepter cette tautologie".

Lors des attentats de Paris, Manuel Valls avait préféré appeler à "combattre l’islamisme radical". Des divergences de vocabulaire existent au sein du gouvernement. "Je pense que l’expression 'islamiste' n’est probablement pas celle qu’il faut utiliser, expliquait Laurent Fabius en janvier. J’appelle ça des terroristes. Parce que, dès lors que vous utilisez le mot islam, vous favorisez une espèce de vision de continuité entre le musulman, qui pratique sa religion qui est une religion de paix, et puis quelque chose qui serait une certaine interprétation de la religion musulmane". 

Carole Blanchard