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Rattraper les arrêts maladie? L'incompréhension des enseignants après la proposition de Pap Ndiaye

Des élèves en classe (illustration)

Des élèves en classe (illustration) - AFP

Dans Le Parisien dimanche, le nouveau ministre de l'Éducation nationale s'est prononcé pour qu'un professeur puisse s'emparer des heures d'un collègue absent et qu'à son retour, celui-ci compense en rattrapant le temps perdu sur l'emploi du temps du premier. Organisations syndicales et enseignants y voient la menace d'une dégradation de leurs conditions de travail, voire une solution impraticable.

Recrutement de contractuels, revalorisations salariales des enseignants débutants. Dans Le Parisien dimanche, Pap NDiaye, ministre de l'Éducation nationale, a dit son intention de multiplier les initiatives pour s'assurer qu'il y ait "un prof devant chaque classe" à la rentrée. Il a aussi abordé le sujet des absences de moins de quinze jours non-remplacées, proposant un système de compensations des heures entre collègues. Une solution qui n'en serait pas une selon les principaux intéressés qui dénoncent une fausse piste, aussi impraticable que menaçante pour leurs conditions de travail.

Un échange de bons procédés ?

Au moment de faire son exposé devant Le Parisien, Pap NDiaye a d'abord posé:

"Il faut réfléchir à la meilleure manière de faire que les absences - qui sont légitimes - soient compensées."

"Nous voulons faire en sorte qu'une absence du professeur d'histoire-géographie par exemple soit compensée par, disons, son collègue de français. Mais attention, pas pour que le professeur de français fasse de l'histoire-géographie! Il utilisera ces heures pour faire une double dose de français, et quand le collègue d'histoire-géo reviendra, il compensera en prenant sur les heures de français."

Le scepticisme enseignant

Un échange de bons procédés apparent qui ne convainc pas les enseignants à ce stade. Sur Twitter dimanche, Françoise Cahen, professeure de lettres à Alfortville dans le Val-de-Marne, s'est étonnée d'une "idée bizarre". La suggestion est en effet baroque à double titre selon elle. "Déjà pour une raison technique d'emploi du temps: nous avons cours avec d'autres classes pendant les cours de nos collègues absents", a-t-elle souligné, avant de déplorer avec une forme d'amertume:

"Si quelqu'un est malade en France, quel que soit son travail, personne ne lui demande de rattraper ses heures..."

Côté syndical, le SNUEP-FSU - qui représente les professeurs de l'enseignement professionnel public - a adopté un ton plus offensif. Après avoir mis en exergue les propos du ministre, l'organisation a ainsi fustigé:

"Monsieur le ministre, il faut recruter des enseignantes et des enseignants formés et qualifiés. Et non pas dégrader les conditions de travail".

Au cours du même entretien, Pap NDiaye a dit sa volonté de "renouer un dialogue sincère et respectueux qui s'était distendu ces dernières années" entre la rue de Grenelle et "les organisations syndicales et la communauté enseignante". À en juger par les réactions suscitées par cette feuille de route, l'affaire n'est pas encore gagnée.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV