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Société

Plus d'agressions, moins de clients, le quotidien plus précaire des prostituées depuis la loi de 2016

Deux ans après l'adoption de la loi prostitution, les travailleuses et travailleurs du sexe déplorent une situation de plus en plus précaire. La pénalisation des clients a eu pour effet de diminuer leur nombre et de tenir les prostituées à l'écart des lieux visibles, les rendant plus vulnérables aux agressions.

En bordure du Bois de Boulogne, Samantha attend le client. Mais cette membre du syndicat du travail sexuel a vu son quotidien se transformer depuis deux ans et la loi du 13 avril 2016 sur la prostitution. Cette loi a supprimé le délit de racolage mais mis en place la pénalisation des clients. Désormais, ils peuvent être punis de 1.500 euros d'amende et jusqu'à 3.750 euros en cas de récidive. Depuis 2016, un peu plus de 2.000 clients ont été verbalisés en France.

La mesure a eu pour conséquence directe de pousser les prostituées à s'éloigner des lieux visibles, pour éviter de faire courir un risque au client. "On rentre dans le bois, on fait notre passe par là. C'est là qu'on peut être le plus en danger", explique Samantha. Pour elle, la pénalisation du client a rendu son quotidien de plus en plus précaire.

"70% de notre clientèle ne vient plus, parce qu'ils ont peur en se garant de se faire casser le véhicule ou de se faire attraper par les clics. Comme il y a moins de clients, il y a beaucoup plus de jeunes qui viennent agresser, qui viennent faire chier. Demain, je peux être dans le caniveau. On ne sait pas si on va rentrer vivante ou si on va rentrer tout court", poursuit-elle. 

"Il n'y a plus de clients"

Une autre prostituée rencontrée au bois de Boulogne témoigne anonymement et fait le même constat, avec une perte de revenus à la clé.

"On doit se cacher maintenant. Avant qu'il y ait cette loi, on pouvait faire 10, 20, 30 clients par jour. Maintenant c'est terminé, il n'y a plus de clients", constate-t-elle.

Des associations d'aide aux prostituées jugent la loi hypocrite. Les nouvelles règles ont pu faire reculer la prostitution en diminuant le nombre de clients, mais elle a rendu les prostituées plus vulnérables.

"Il y a eu une augmentation des violences extrêmement importantes (...). La loi a renforcé leur pouvoir [des clients] puisqu'ils ont le sentiment de prendre un risque et donc d'être en situation de légitimité pour demander des rapports non protégés ou plus", souligne Sarah-Marie Maffesoli, chargée de projet chez Médecins du monde.

Un "déplacement du travail sexuel" 

Le travail de suivi des prostituées est aussi plus complexe pour les associations.

"Il y a eu un déplacement du travail sexuel soit dans des lieux plus reculés, soit sur internet. Quand il y a des liens de confiance, on peut continuer mais pour toutes les nouvelles personnes qui commencent le travail sexuel, c'est beaucoup plus difficile de les toucher", poursuit-elle. 

D'après une enquête coordonnée par Médecins du monde et publiée ce jeudi, 62,9% des prostituées interrogées estiment subir une "détérioration de leurs conditions de vie" depuis cette loi. 

Le "parcours de sortie à la prostitution" mis en place par le texte est aussi jugé peu incitatif par les travailleuses du sexe interrogées avec une aide financière "très irréaliste" de 330 euros mensuels sous réserve d'abandonner l'activité de prostitution. Plusieurs associations dont Médecins du monde réclament le retrait de la loi de pénalisation des clients. 

C. B avec William Helle