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Nice: huit mois de prison pour un passeur livré aux gendarmes par Cédric Herrou

Palais de justice de Nice

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Un Éthiopien, accusé par des compatriotes migrants de les avoir fait passer de Vintimille en France contre de l'argent a été condamné ce lundi à huit mois de prison à Nice et écroué. Il avait été livré à la gendarmerie par l'agriculteur militant Cédric Herrou.

Un homme de nationalité éthiopienne est jugé en comparution immédiate ce lundi à Nice. Celui-ci est accusé de s'être fait payer pour conduire des migrants depuis l'Italie jusqu'à la vallée de la Roya, afin qu'ils soient pris en charge par l'association Roya Citoyenne de Cédric Herrou, l'agriculteur condamné pour avoir aidé des étrangers en situation irrégulière. Le passeur, dénoncé par les migrants eux-mêmes, est le premier à avoir été identifié parmi les personnes aidées par l'association. Cédric Herrou s'était porté partie civile pour atteinte à son image, mais sa demande a été rejetée, à la demande du parquet.

Jugé en comparution immédiate, Wossem Naka, 26 ans, a contesté les faits. Selon son avocate, Me Sophia Benmansour, c'était sa deuxième tentative de passage en France et il a refusé l'argent que les autres voulaient lui remettre, 120 euros au total.

"On n'a pas pu prouver qu'il avait de l'argent liquide sur lui. Il a été condamné parce qu'il avait accompagné ses compatriotes en France", a-t-elle indiqué, en rappelant que le parquet avait requis douze mois d'emprisonnement.

"On a eu l'impression de c'était de nouveau le procès de Cédric Herrou"

L'homme avait été arrêté samedi après s'être présenté à la gendarmerie de Breil-sur-Roya, accompagné par Cédric Herrou et de quatre compatriotes qui l'ont dénoncé et qui ont aussi donné les noms de quatre autres passeurs à Vintimille. 

Des bénévoles avaient remarqué sa venue réitérée sur la propriété de Cédric Herrou. "Ils ont trouvé ça louche et ont contacté la gendarmerie", a indiqué Me Zia Oloumi, avocat de Cédric Herrou.

Absent lors du procès, le nom de Cédric Herrou a été beaucoup évoqué à l'audience. "On a eu l'impression de c'était de nouveau le procès de Cédric Herrou. Comme quoi qu'il fasse, il est toujours coupable!", a déploré son avocat.

"C'est l'arbre qui cache la forêt, l'action de Cédric Herrou alimente ce genre de comportements. Les gens ne viennent pas par hasard, nous avons face à nous des réseaux structurés. Le dispositif de Roya Citoyenne permet à des gens aux intentions douteuses d'en bénéficier", avait commenté dans la matinée la gendarmerie nationale. 

Les quatre accusateurs renvoyés en Italie

Les quatre accusateurs n'étaient pas là non plus. "Ils ont été emmenés au poste à Menton pour être renvoyés en Italie alors qu'il y a une loi qui protège ceux qui dénonce les réseaux", a rappelé Me Oloumi.

Roya Citoyenne avait déjà dénoncé la reconduite à la frontière en cours des migrants qui avaient témoigné.

"S'ils sont reconduits en Italie, leur vie est en danger. En leur qualité de témoin l'Etat français leur doit protection", estime l'association, ce que la gendarmerie conteste: "Il n'y a pas de mise en danger d'autrui".

Une centaine d'interpellations par jour

Roya Citoyenne a appelé à un rassemblement devant les locaux de la police aux frontières à Menton, en affirmant que onze personnes au total, ayant mandaté un avocat pour la demande d'asile, étaient en passe d'être remises aux autorités italiennes, dont un Tchadien qui avait rendez-vous mardi à la préfecture.

Bloqué depuis 2015, le contrôle à la frontière franco-italienne a été rétabli pour protéger la France du terrorisme. Dans la pratique, ces contrôles conduisent à renvoyer en Italie les migrants qui passent ou tentent de passer malgré les dangers. Gendarmes et militaires sillonnent les routes. Barrages filtrants, contrôle des trains: il y a en moyenne plus d'une centaine d'interpellations par jour depuis le début de l'année.

M.P avec AFP