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Mort de Rémi Fraisse: des lycées bloqués à Paris

Des dizaines de lycéens se sont rassemblés devant le lycée Colbert, où ils ont trouvé porte closes ce jeudi.

Des dizaines de lycéens se sont rassemblés devant le lycée Colbert, où ils ont trouvé porte closes ce jeudi. - BFMTV

Vingt-cinq lycées, estime le rectorat, descendent dans la rue jeudi pour protester les "violences policières" ayant entraîné la mort de Rémi Fraisse. Après avoir convergé vers Nation, les lycéens et élèves font route vers Bastille.

Apolitiques, mais choqués. C'est ainsi que se décrivent eux-mêmes les lycéens issus de dizaines d'établissements qui entendent protester contre les "violences policières gratuites" qui ont entraîné la mort, dimanche 26 octobre, de Rémi Fraisse, jeune opposant au projet de barrage controversé de Sivens, dans le Tarn. Le Mouvement Inter Luttes Indépendant a lancé cet appel à manifester, relayé ensuite par les lycéens.

Presque 30 établissements bloqués

Sur les 200 établissements professionnels, généralistes et techniques que comptent l'académie (dont une centaine de lycées publics), 25 étaient bloqués vers 10 heures, dont six totalement, a indiqué le rectorat de Paris.

Selon une source policière, 29 établissements étaient touchés: 15 totalement bloqués et 14 avec filtrage. Aucune dégradation ou violence n'a été recensée, a ajouté cette source.

Manif' de Nation à Bastille

Les accès devaient se libérer à partir de 11 heures alors que les protestataires convergeaient vers la place de la Nation (11e/12e arrondissements). Sur le terre-plein central, certains ont escaladé la statue pour y accrocher une banderole en tissu rouge "La police assassine, R.I.P. Rémi" (Repose en paix Rémi).

D'autres, sacs sur le dos ou même avec leur skateboard à la main, brandissaient une banderole "PV (Lycée Paul-Valéry) ne pardonne pas Cazeneuve" (le ministre de l'Intérieur) ou scandaient "Police partout, justice nulle part". Ils ont également interrompu une partie de la circulation.

Les manifestants - plusieurs milliers de lycéens accompagnés de quelques enseignants et étudiants - ont ensuite commencé à marcher en direction de Bastille (11e arr.).

"Notre frère d'arbre"

Le quartier de la Nation, dans l'est parisien, a été l'un des plus touchés, avec les accès à plusieurs établissements barrés très tôt jeudi matin.

Devant l'entrée du lycée Dorian, situé avenue Philippe-Auguste (11e arr.), une quarantaine de grosses poubelles vertes et un conteneur pour recyclage de verre ont été entassées sur plusieurs mètres de hauteur. Une banderole "Rémi, notre frère d'arbre" a également été accrochée aux grilles de l'établissement devant lesquelles on pouvait compter plusieurs dizaines de personnes, manifestants et lycéens bloqués.

Dans l'encadrement d'une fenêtre voisine, un petit autel a été dressé avec un portrait de Rémi Fraisse, des bougies et des fleurs. "Rémi Fraisse a été tué par les mains de la police. Le travail des forces de l'ordre, ce n'est pas de tuer. On veut un changement dans la réaction des forces de l'ordre", affirme un jeune homme, capuche sur la tête et écharpe sur le visage qui ne laissent paraître que ses yeux. "Un meurtre, ça ne doit pas être pris à la légère, on n'est pas dans une dictature".

Certains parviennent à se faufiler pour aller en cours

Des poubelles ont également été massées devant les cinq entrées du lycée Arago, situé place de la Nation. Assis sur ces poubelles, les protestataires ne laissaient entrer que les élèves de BTS qui devaient s'inscrire pour le bac.

Sur un banc un peu plus loin, quelques élèves venues pour leurs cours avouent du bout des lèvres leur désaccord. "Je ne vois pas le rapport avec l'école et le lycée", glisse l'une d'entre elles, élève en première. "Il (Fraisse) ne va pas ressusciter", ajoute une de ses amies.

Sur le cours de Vincennes (XIIe-XXe arr.), certains du lycée Hélène-Boucher ont profité de la brève ouverture d'une porte annexe pour s'engouffrer dans l'établissement, avant que des manifestants ne la condamnent avec des poubelles et un caddie.

David Namias avec Stéphanie de Muru et AFP