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Les pharmaciens bientôt autorisés à vacciner leurs clients?

Une vaccination contre la grippe, octobre 2013.

Une vaccination contre la grippe, octobre 2013. - Denis Charlet - AFP

Sera-t-on bientôt vaccinés en pharmacie? Le projet de loi santé présenté par Marisol Touraine envisage la possibilité de déléguer certains actes médicaux à d'autres professionnels que les médecins. Les pharmaciens pourraient ainsi être autorisés à vacciner des patients, une proposition qui ne fait pas l'unanimité chez les professionnels de santé.

"Une boîte de paracétamol et une vaccination contre la grippe, s'il-vous-plait". Cette demande sera-t-elle bientôt courante dans nos pharmacies? Pas impossible, car le projet de loi de Marisol Touraine prévoit l’autorisation pour les pharmaciens et les sages-femmes de vacciner eux-mêmes des patients. L'objectif est de pallier la baisse des vaccinations, notamment dans les déserts médicaux et cette pratique a déjà été adoptée au Portugal ou en Grande-Bretagne. Le projet de loi sera examiné à partir de janvier 2015. BFMTV.com a interrogé les intéressés.

Un acte pas si banal

Déléguer des tâches dévolues à des médecins surchargés? Cette solution "pose problème" pour Claude Leicher, président du syndicat de médecins généralistes MGFrance. "D’une part, ce n’est pas leur métier", remarque le médecin. "Ensuite, cela va désorganiser la vaccination", développe-t-il, soulignant le risque d’un manque de suivi.

"Les médecins, censés assurer une traçabilité et prévoir la suite pour leurs patients, ne seront destinataires d’aucun retour", redoute-t-il. "Il ne faut pas éclater la pédagogie et rajouter de l’incertitude alors que le taux de couverture vaccinale est en baisse", tranche-t-il. Une opinion partagée par Jean-Paul Ortiz, président de la confédération des syndicats médicaux français (CSMF) qui redoute la banalisation de la vaccination. "Le fort courant anti-vaccin spécifique à la France nécessite une discussion des patients avec les médecins. Peut-être que la banalisation qui a été faite lors de l'épisode de H1N1 n'est pas étrangère à la méfiance", réagit-il.

Certaines garanties seront nécessaires

"Il est fondamental que la première vaccination soit faite par un médecin car il existe des contre-indications et des risques allergiques", ajoute le président du CSMF. Un point sur lequel s'accorde Philippe Gaertner, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), qui admet que trois points devront être respectés: "notre profession devra s'engager à informer le médecin traitant, la formation devra être modifiée - il faudra poser les bonnes questions et si besoin renvoyer le patient vers le circuit médical - et enfin, organiser l'officine avec un lieu de confidentialité indépendant".

Les 22.438 pharmacies françaises permettraient de toucher plus aisément leurs 3,5 millions de clients annuels, selon les données publiées, ce lundi, dans Le Parisien. Gilles Bonnefond, président de l’ Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO), ne trouve pas l’idée inintéressante mais refuse qu’elle soit mise en place si un désaccord existe entre les professionnels de santé. "Cette idée peut faciliter l'augmentation du taux de vaccination", constate-t-il, "mais pour gagner cette partie tout le monde doit être solidaire. S’il y a une opposition des infirmiers et médecins contre les pharmaciens, on va passer à côté. Je veux d’abord être sûr qu’ils soient d’accord". 

Des stocks chez les médecins?

Pour Claude Leicher, convaincu que tous les pharmaciens ne sont pas du même avis, une solution plus efficace serait de fournir aux généralistes un stock de vaccins, disponibles dans leurs cabinets afin de "vacciner au fil des consultations des patients qui sont venus pour autre chose". Mais pour Philippe Gaertner, la population concernée est justement "celle qui ne va pas voir les médecins".

La contre-proposition ne convainc pas plus Gilles Bonnefond, qui redoute une baisse des contrôles si "les laboratoires pharmaceutiques étaient remis en contact direct avec les médecins". Selon lui, il est encore possible de rassurer les médecins, grâce, notamment à une amélioration du dossier médical partagé. "Le médecin a besoin de savoir si le patient a été vacciné", concède-t-il, prônant un "discours solidaire" loin de la "polémique".

Si les discussions avancent sur cette proposition d’ici le début de l’année prochaine, les questions de la formation et de la rémunération de ces personnels pour l'acte resteront encore à trancher.

Marisol Touraine justifie son idée

En ouvrant la vaccination aux pharmaciens, Marisol Touraine a affirmé agir pour que "plus de gens se vaccinent". "Pourquoi est-ce que je propose ça ? Parce qu'il y a de moins en moins de gens qui se vaccinent", a insisté la ministre de la Santé sur i-Télé. Il s'agit, selon-elle, de "simplifier les choses" et de pousser chaque Français à "se protéger soi-même", et de protéger les autres.

"Il s'agit d'avoir une solution uniquement complémentaire", a encore affirmé Marisol Touraine, qui ne souhaite pas "enlever une prérogative aux médecins".

Aurélie Delmas