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Les dépressions à répétition seraient toxiques pour le cerveau

Les dépressions à répétition endommageraient le cerveau. (illustration)

Les dépressions à répétition endommageraient le cerveau. (illustration) - Helga Weber - Flickr - CC

Les épisodes dépressifs multiples entraîneraient un ralentissement de l'activité cérébrale sur le long terme, favorisant le risque de rechute, selon une étude menée par des chercheurs français.

Non, la dépression n’a rien d’un simple coup de blues. A partir de trois épisodes, des dégâts durables sur le cerveau peuvent être constatés. Telle est la conclusion d’une étude, menée par une équipe de l’Inserm, publiée dans European Neuropsychopharmacology.

2048 patients ayant connu entre un et cinq dépressions ont participé à un test dans 388 centres psychiatriques français entre octobre 2011 et octobre 2012. Il s'agissait d'exercices simples, par exemple relier des cercles numérotés présentés dans le désordre. Le même test a été réalisé pendant la dépression, puis après six à huit semaines de traitement, alors que, pour de nombreux patients, les symptômes avaient totalement disparu. 

La dépression réduit la performance

Pendant la maladie, les patients rencontrent des difficultés à compléter le test. Juste après une première dépression - 60% des patients -, ou un second épisode dépressif, le temps nécessaire pour réaliser ce test est de 35 secondes en moyenne. Mais, pour les 13,9% de patients qui connaissaient leur troisième épisode dépressif ou plus, ce temps se rallonge considérablement, et ce même chez les sujets rétablis, pouvant atteindre 1 minute 20. "Plusieurs autres variables sont potentiellement explicatives (âge, niveau d’étude, activité professionnelle…) mais si on ajuste les paramètres, nos résultats restent extrêmement robustes" précise Philip Gorwood, chef de service de la Clinique des Maladies mentales et de l’encéphale de l’hôpital Sainte-Anne et principal auteur de l’étude, sur le site de l’Inserm.

Il s’agit de la première démonstration des effets neurotoxiques de la dépression: les personnes qui ont déjà connu deux épisodes dépressifs ou plus exécutent de manière anormalement lente des tâches cognitives courantes. Si ces résultats étaient confirmés, notamment sur une durée plus longue, cela pourrait expliquer pourquoi plus un patient a fait de dépressions, moins il est performant, et plus il a de risques de rechutes. 

Un risque de rechute qui s'accroît avec le temps

La dépression ferait perdre de la plasticité au cerveau, provoquant un ralentissement psychomoteur qui laisse des "cicatrices". Le retour au travail est donc particulièrement difficile après une dépression, ce qui favorise le risque de rechute. Cette étude montre comment la dépression est une maladie qui a tendance à s’aggraver au fil des épisodes.

Au moins une personne sur dix a été ou sera touchée par un épisode dépressif, explique le communiqué de l'Inserm: tristesse permanente, perte d’envie et de plaisir, altération de l’appétit, du sommeil et de la libido. Si les différentes prises en charge, médicamenteuses comme psychothérapeutiques, ont démontré leur efficacité, le risque de rechute reste élevé, même plusieurs années après la rémission. Les auteurs de l’étude plaident en faveur d’une meilleure prise en charge, afin de prévenir ces rechutes. "Beaucoup de sujets sont déprimés et ne se font pas soigner", déplore Philip Growood interrogé par le site spécialisé pourquoidocteur. Une situation qu'il estime "dramatique parce que ce sont ces dépressions non prises en charges qui vont durer plus longtemps, qui vont plus se répéter et provoquer un risque d'avoir des 'effets cicatrice'".

Aurélie Delmas