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La Réunion: démantèlement d'une filière jihadiste présumée, une première en outre-mer

Entrée du commissariat central de Saint-Denis à La Réunion le 2 juin 2015, où un cameraman filme un journaliste relatant l'arrestation d'un groupe présumé de jihadistes

Entrée du commissariat central de Saint-Denis à La Réunion le 2 juin 2015, où un cameraman filme un journaliste relatant l'arrestation d'un groupe présumé de jihadistes - RICHARD BOUHET, AFP

Cinq personnes suspectées d'appartenir à une filière jihadiste ont été interpellées mardi à La Réunion. Une première.

Coup de filet anti-jihadiste sur l'île de La Réunion. Cinq personnes ont été arrêtées mardi matin à l'aube à Saint-Denis. Si des ressortissants des DOM ont déjà été répertoriés dans des filières jihadistes, dont certains sont morts en Syrie et en Irak, c'est la première filière identifiée sur le territoire d'un DOM, selon des sources proche de l'enquête et policière.

L'enquête a débuté à Poitiers

Tout commence avec l'ouverture d'une enquête préliminaire en novembre 2014 par le parquet antiterroriste. A l'origine de l'enquête, le signalement de parents après la disparition de leur fils à Poitiers, où il s'était installé depuis environ un mois, en provenance de la Réunion.

L'enquête remonte alors jusqu'à l'île, où 24 policiers sont arrivés en provenance de l'Hexagone dès dimanche. Les interpellations ont eu lieu mardi à l'aube dans un quartier du centre-ville de Saint-Denis par les policiers de la direction départementale de la sécurité intérieure (DDSI) et du groupement d'intervention de la police nationale (GIPN). Les personnes arrêtées ont été conduites au commissariat et placées en garde à vue, qui peut durer 96 heures.

Quatre hommes de 18 à 24 ans et une femme de 62 ans

Selon plusieurs sources, les cinq personnes interpellées sont quatre hommes âgés de 24 ans, 21 ans et 18 ans pour deux d'entre eux qui sont jumeaux, et d'une femme de 62 ans. L'homme de 21 ans est le "personnage central, connu comme un prédicateur salafiste et il est soupçonné d'avoir exercé son influence sur six personnes qui sont déjà parties en Irak ou en Syrie", a expliqué à l'AFP une source proche du dossier. La femme de 62 ans est la mère de l'une des six personnes parties faire le jihad. Issu d'une famille catholique, il s'était converti.

Les jumeaux de 18 ans étaient soupçonnés d'être sur le point de partir, selon la même source. Ce qu'a confirmé l'avocat d'un des deux frères, aux médias locaux à Saint-Denis. "Il me l'a confirmé mais il fait partie d'un groupe. Il a été influencé, il s'est converti et m'a dit qu'il envisageait de partir faire le jihad mais plus par rapport à ses amis (...) que par conviction forte", a déclaré Me Christophe Molière à Antenne Réunion.

Selon l'avocat, le jeune homme était "déscolarisé depuis un certain temps", s'était "converti récemment" et "comptait travailler" pour pouvoir partir "quand il aurait de l'argent".

Un départ vers la Syrie ou l'Irak?

Les six départs évoqués par des sources depuis Paris permettent d'éclairer d'un jour nouveau des informations connues sur l'île depuis le début de l'année. Dans ses vœux à la presse en janvier, le préfet Dominique Sorain avait révélé le départ de plusieurs personnes pour aller faire le jihad au Moyen-Orient. Des sources locales avaient précisé que cela concernait une demi-douzaine de volontaires partis en Syrie ou en Irak.

Parmi eux se trouvait notamment un jeune homme de 23 ans résidant à Saint-André (est de La Réunion) qui aurait été tué au nord de Tikrit en Irak le 7 avril dernier lors d’une opération de l'armée irakienne contre les forces du groupe État islamique.

48 cas de radicalisation sur l'île signalés depuis un an

Alors que la Réunion est souvent érigée en exemple du "vivre ensemble" où les religions (catholicisme, islam, hindouisme, bouddhisme) cohabitent en bonne intelligence, des voix s'étaient élevées ces derniers mois pour mettre en garde contre le risque de radicalisation.

L'île "n'est pas à l'extérieur du monde", avait souligné en janvier la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin appelant à être "attentif à ce qui se passe sur les réseaux sociaux" et à "repérer les quelques personnes radicalisées qui peuvent se mettre un jour ou l'autre à dériver".

Les autorités religieuses locales, peu enclines à aborder le sujet, reconnaissaient après les attentats de Charlie Hebdo une inquiétude nouvelle devant l'impact d'internet, l'impossibilité de contrôler les lieux de culte informels et une pratique plus rigoriste importé par des Français de l'Hexagone. Selon des chiffres du ministère de l'Intérieur publiés en mars, 48 cas de radicalisation ont été signalés aux autorités à La Réunion depuis avril 2014. Manuel Valls est attendu sur l'île dans moins de dix jours.

la rédaction avec AFP