BFMTV

La grande concertation nationale encore dans le flou

Une manifestante gilet jaune tient une pancarte "Pouvoir au peuple" à Lyon, le 15 décembre 2018.

Une manifestante gilet jaune tient une pancarte "Pouvoir au peuple" à Lyon, le 15 décembre 2018. - Jean-Philippe Ksiazek - AFP

Débats publics, rencontres avec les élus locaux, réseaux sociaux... Si la majorité et l'exécutif assurent ne pas vouloir "formater" la grande concertation nationale avec les Français, d'autres déplorent l'absence de règles claires, notamment sur son fonctionnement.

Dernière ligne droite avant la "grande concertation nationale" promise par Emmanuel Macron aux Français lors de son discours du 10 décembre. Ce mardi, le chef de l'Etat doit trancher avec plusieurs membres du gouvernement, dont Edouard Philippe, sur les contours de ces doléances modernes. Les règles du débat national devraient être annoncées en conseil des ministres mercredi.

"Ce débat devait commencer le 15 décembre, c'est déjà en retard", constate notre éditorialiste Christophe Barbier. Le temps passe: du débat "dans les trois mois qui viennent" annoncé le 10 décembre, il n'en restera bientôt plus que deux.

Il faut dire que les détails de la concertation, qui doit se dérouler jusqu'au 1er mars, restent flous. L'exécutif a déjà retenu "quatre grands thèmes": transition écologique, fiscalité, démocratie et citoyenneté, et organisation de l'Etat et des services publics. La présence ou non de l'immigration, évoquée par le président lors de son allocution, fait débat même au sommet de l'Etat. Les discussions mentionneront-elles aussi le RIC, le référendum d'initiative citoyenne demandé par nombre de gilets jaunes? 

Le mot d'ordre de la majorité est en tout cas de "ne pas formater" ce temps d'écoute. "Débats publics locaux, rencontres avec des Français sur leurs lieux de travail et de vie, groupes de réflexion participatifs ou encore recours aux plateformes numériques et aux réseaux sociaux", peut-on lire sur le site du gouvernement.

"Venez dire en concertation ce que vous dites depuis des semaines sur les ronds-points"

"Si vous mettez un format, il y a forcément des gens qui ne se reconnaîtront pas", assure ce mardi sur BFMTV Olivier Véran, député LaREM de l'Isère. L'élu de la majorité parle lui aussi de "plusieurs formats", avec la liberté laissée aux "corps intermédiaires" (élus, syndicats, responsables associatifs, citoyens, etc.) d'organiser et de participer à ce grand débat.

En compte rendu de conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux transmettait lui aussi le souhait d'utiliser "tous les moyens dont nous disposons aujourd'hui afin que personne ne se sente exclu du débat, que chacun puisse y participer à sa manière". 

"Venez dire en concertation ce que vous dites depuis des semaines sur les ronds-points", lance Olivier Véran, assurant que "ce n'est pas un truc engageant, vous ne mettez pas votre nom sur un bout de papier".

Ce débat doit néanmoins s'appuyer fortement sur les maires, présentés par le pouvoir comme les élus les plus proches des aspirations des Français, et se décliner en nombreux rendez-vous locaux.

"Dès lors qu'on va honnêtement vers les citoyens pour les amener à les remettre dans le champ de la République et de l'intérêt général et de l'action collective, ils sont là", confirme sur BFMTV Philippe Martin, président PS du conseil départemental du Gers.

"La démocratie participative, ça s'organise, et ça s'organise avec les citoyens"

Toutefois, celui qui a mené le premier budget participatif à l'échelle d'un département avec ses concitoyens gersois alerte sur l'absence de règles définies. Si Olivier Véran assure qu'il suffit juste "d'ouvrir les oreilles" et "d'écouter" les revendications, le président du Gers défend le besoin de consignes claires définies en accord avec ces citoyens.

"Pour la démocratie participative, il faut (...) prendre le temps d'élaborer la règle du jeu avec les citoyens qu'on va consulter", fait valoir Philippe Martin, qui peut se vanter d'une participation de près de 35.000 votants pour le budget du département.

En amont de la concertation, le département a par exemple demandé aux Gersois si les moins de 18 ans pouvaient voter, de même que les "expatriés" à Paris ou ailleurs, ou encore les résidents étrangers. "La démocratie participative, ça s'organise, et ça s'organise avec les citoyens", conclut-il.

Liv Audigane avec AFP