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L'Haÿ-les-Roses : réactions des avocats et des proches

Les avocats de la défense mettent en cause la vétusté de la tour et du système d'aération.

Les avocats de la défense mettent en cause la vétusté de la tour et du système d'aération. - -

Trois ans après l'incendie qui a fait 18 morts, le procès des jeunes filles qui avaient mis le feu à une boîte aux lettres s'ouvre. Témoignages.

Aujourd'hui s'ouvre le procès de 3 jeunes filles accusées d'avoir mis le feu à une boîte aux lettres d'une tour à L'Haÿ-les-Roses, dans le Val-de-Marne, en septembre 2005. Un incendie qui avait fait 18 morts, dont 3 enfants. Elles ont aujourd'hui entre 19 et 21 ans. Deux des jeunes filles étaient mineures à l'époque. Une quatrième adolescente, de moins de 16 ans à l'époque, sera jugée de son côté devant un tribunal pour enfants. Le premier procès, devant la cour d'assises de Créteil, durera jusqu'au 19 décembre. La seule jeune fille majeure au moment des faits risque la prison à perpétuité. Les deux autres encourent 20 ans de réclusion.

Jalousie et gaminerie ?

Une querelle de filles ordinaires. Elles étaient amies. Puis elles se sont brouillées. Alors elles ont mis le feu à la boîte aux lettres de leur ancienne copine. C'est une histoire de jalousie et de vengeance qui est à l'origine de ce drame. Le feu avait été rapidement maîtrisé, mais une épaisse fumée toxique s'était répandue dans les étages et avait provoqué des décès. Les experts mettent aussi en cause la structure de l'immeuble, composé de matériaux inflammables. Juste après les faits, les jeunes filles ont fait quelques mois de prison, puis ont quitté leur quartier de L'Haÿ-les-Roses pour se reconstruire ailleurs : aujourd'hui, l'une travaille avec des malades d'alzheimer, une autre comme vendeuse. Réinsérées mais incapables d'oublier leur "geste de gamines", estiment leurs avocats.

Des accusées terrorisées et honteuses

Maître Jean-Yves Liénard, l'avocat de l'une des adolescentes aujourd'hui âgée de 20 ans, explique dans quel état d'esprit la jeune femme aborde ce procès : « Totalement terrorisée, malade de peur, de honte. La plus grande peur qu'elle me semble ressentir aujourd'hui, c'est celle d'affronter le regard de toutes ces victimes. Même si, à la place qu'est la sienne, jamais elle n'a pensé le temps d'une demi-seconde que ce geste de gamine se vengeant bêtement d'une autre gamine aurait pu provoquer un drame pareil. Il y a un océan entre ce que l'on a voulu et ce qui est arrivé. Mais elle a tout à fait conscience qu'elle est à l'origine de ce qui est arrivé. C'est très difficile à affronter, même si c'est inévitable. »

« Le mauvais état de l'immeuble responsable des morts »

Pour Maître Françoise Cotta, avocate de l'une des jeunes femmes, celles-ci ne sont pas seules responsables de l'incendie : « tout le monde s'est posé la question : comment est-il possible qu'un petit bout de papier enflammé dans une boîte aux lettres, conduise en quelques secondes à l'asphyxie générale de l'immeuble ? Parce que les gens n'ont pas été brûlés. Les morts ont toutes été dues à des asphyxies. Des expertises l'ont prouvé.
Moi ma position, c'est de dire que les bailleurs sont toujours très heureux de percevoir les loyers et beaucoup moins d'investir dans l'entretien des immeubles. Il est évident qu'il y a un manque de normes de sécurité : les gaines de ventilation n'étaient pas aux normes. Moi je considère que c'est l'état de non-entretien et de vétusté de l'immeuble qui est responsable, en tout cas, des asphyxies. »

« Pardonner, c'est pas possible »

Anne-Marie Cano, habitante du 12e étage, est restée calfeutrée chez elle avec ses enfants pendant l'incendie. Mais ses voisins et amis sont décédés. Aujourd'hui, encore très choquée, elle ne sait pas si elle va assister au procès, mais explique : « Si je les vois, la colère que je garde au fond de moi depuis un peu plus de 3 ans va ressortir, et ça va être très mauvais. Les voir en face et leur dire "je suis vivante malgré ce que vous avez fait", c'est très important. Surtout pour ceux qui sont morts et qui n'avaient rien demandé. Faut pas oublier que des enfants sont morts. Et vous croyez qu'on va pardonner à 4 petites pestes ce qu'elles ont fait, pour une vacherie, parce que l'autre était plus belle que machin... mais c'est quoi ça ?! » Dans un soupir, elle ajoute : « Pardonner, c'est pas possible. »

« Je ne peux pas oublier ces morts... »

Hamadi habite lui au 2e étage de la Tour. Cette nuit-là, où il est resté enfermé chez lui en attendant les pompiers, il ne l'oubliera jamais : « Affreux, horrible... je n'oublie pas ces morts, que les pompiers descendaient sur leurs épaules. Des personnes étaient venues pour un anniversaire dans leur famille, qui habitait là, la moitié est morte. Ces choses-là, quand on les a vécues, ça ne s'oublie pas. » Comme Anne-Marie, Hamadi condamne sans appel les jeunes filles : « Pour moi, il n'y a pas de pardon pour ça. On n'a pas le droit de faire ça. Faut que le procès ait lieu et qu'il y ait des punitions. »

Juliette VINCENT, avec Aurélia MANOLI