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L'armée débaptise une promotion de Saint-Cyr rendant hommage à un antisémite

Des membres de l'école militaire de Saint-Cyr défilent le 14 juillet 2017 sur les Champs-Elysées (photo d'illustration).

Des membres de l'école militaire de Saint-Cyr défilent le 14 juillet 2017 sur les Champs-Elysées (photo d'illustration). - Joel SAGET / AFP

La promotion 2016-2019 de l'école militaire avait été baptisée Georges Loustaunau-Lacau. Héros des deux guerres mondiales, il a aussi animé une maison d'édition nationaliste ayant publié des articles antisémites.

Comme dans de nombreuses autres grandes écoles, chaque promotion de l'école militaire spéciale de Saint-Cyr, qui forme des officiers, reçoit le nom d'un parrain. Mais celle accueillant les élèves entrés en 2016 et qui sortiront diplômés en 2019 va devoir se trouver un autre nom. Comme l'a annoncé l'Armée de terre dans un communiqué publié ce samedi, la promotion nommée "Général Loustaunau-Lacau" vient d'être débaptisée, sur décision de l'armée, en raison de l'antisémitisme notoire de ce "héros des deux guerres mondiales", lui-même passé par l'institution. D'après L'Opinion, la mesure est exceptionnelle et n'avait pas été prise depuis 1945 au moins. 

"Résistant, fondateur du réseau 'Alliance', déporté à Mauthausen et député à l'Assemblée nationale dans les années 50, Georges Loustaunau-Lacau est une figure militaire dont les faits d'armes – croix de guerre 14-18 avec 5 citations et croix de guerre 1939-1945 avec palme – avaient alors justifié le choix des différentes autorités", explique l'armée dans ce communiqué. 

"Les éléments récemment portés à la connaissance du chef d'état-major de l'armée de Terre, postérieurement à la décision d’attribution du nom, ont mis en lumière l’activité politique de Georges Loustaunau-Lacau dans les années 30", peut-on lire également.

"Une personnalité contestable"

En l'occurrence, Georges Loustaunau-Lacau a animé en 1938 une maison d'édition nationaliste, La Spirale, "après avoir été mis à pied de l’armée pour des activités anti-communistes". Maison d'édition qui a publié deux revues dans lesquelles sont parus un grand nombre d'article "anti-communistes, anti-allemands et antisémites". "Il a lui-même écrit au moins un article en 1938 dans lequel il met en doute la loyauté des Français Juifs", poursuit le communiqué, qui précise qu'"il est également l’auteur d’un courrier adressé à l’ambassade d’Allemagne en août 1940 et dans lequel, avec des propos antisémites, il propose ses services aux Allemands.

"L’appréciation du contexte et de la portée de cet écrit reste à mener, Loustaunau-Lacau ayant fondé le réseau de résistance Alliance trois mois plus tard", précise-t-on cependant. 

En outre, il est suspecté d'avoir formé la partie militaire de la mouvance d'extrême droite de la Cagoule, "suspicions qui ont donné lieu à un procès à la Libération au terme duquel il a été reconnu innocent et réhabilité".

"Ces récentes révélations ont mis en lumière une personnalité contestable, qui, en dépit d’un passé de militaire et de résistant courageux présente plusieurs actes répréhensibles qui ont conduit le chef d’état-major de l’armée de Terre à considérer qu’il n’était pas acceptable qu’une promotion d’officiers-élèves puisse prendre le parcours du général Loustaunau-Lacau comme une référence", explique l'armée.

Après la polémique Pétain

Dès lors, un "parcours de mémoire et de vérité" va être mis en place avec les élèves de la promotion concernée, afin qu'un nouveau nom lui soit trouvé. A la suite de ce cas précis, il a également été décidé que le processus de désignation des noms de promotion serait "revu" et "opérationnel dès 2019". 

Cette décision est rendue publique quelques jours seulement après la polémique qui a entouré le maréchal Pétain. Au départ, l'état-major français avait décidé de rendre hommage aux Invalides à "huit maréchaux" de la Grande Guerre à l'occasion du centenaire de l'armistice, incluant Philippe Pétain, devenu plus tard chef du gouvernement collaborationniste de Vichy entre 1940 et 1944. Après le tollé provoqué par cette annonce, l'hommage s'est limité le 10 novembre aux cinq maréchaux inhumés aux Invalides.

Charlie Vandekerkhove