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"J'ai été violée 70 fois": les femmes SDF victimes de violences sexuelles

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Image d'illustration - Thomas Coex-AFP

Plusieurs femmes sans domicile fixe témoignent des violences sexuelles dont elles ont été victimes dans la rue. Elles regrettent que "parce qu'on est invisible, nos agresseurs pensent que notre corps est à leur disposition".

Elles racontent les violences sexuelles qu'elles ont subies dans la rue. Plusieurs femmes sans domicile fixe, qui témoignent sur Franceinfo, dénoncent le manque de prise en charge psychologique et judiciaire des viols dont elles sont victimes. En France, 40% des sans-abri sont des femmes.

"Ils m'ont dit que j'étais moins chère qu'une prostituée"

"J'ai été violée 70 fois en dix-sept ans de rue", confie Anne Lorient, une ancienne SDF, qui a raconté cette période de sa vie dans le livre Mes années barbares. "J'ai été violée par d'autres sans-abri mais aussi par des hommes avec un domicile, qui m'ont dit que j'étais moins chère qu'une prostituée."

Martine, également ancienne SDF, assure avoir été agressée sexuellement une dizaine de fois. La première fois, elle avait 22 ans. Comme elle, de nombreuses sans-abri n'osent pas porter plainte, par crainte de ne pas être prises au sérieux ou d'être rejetées des commissariats. Le pire, explique-t-elle, "c'est que ça devient normal, ça fait partie du quotidien".

"Pour éviter de craquer, mon cerveau a décidé de faire comme si c'était normal", témoigne-t-elle. "Parce qu'on est invisible et en marge de la société, nos agresseurs pensent que notre corps est à leur disposition." 

Une femme sans domicile fixe sur trois a déjà été agressée, estime Agnès Lecordier, présidente d'une fondation qui vient en aide aux femmes sans abri. Une autre association, Entourage, qui met en contact riverains et personnes SDF, évoque le chiffre d'une agression sexuelle toutes les huit heures. 

"Dès qu'un mec s'approche, je m'urine dessus"

"En réalité, aucune étude n'a été faite sur le sujet, il est impossible d'avoir des chiffres", regrette Agnès Lecordier pour le site d'informations. Quentin Le Maguer, responsable d'un centre d'hébergement d'urgence au Samu social de Paris, va même plus loin. "Ici, toutes les femmes ont été confrontées à ce type de violences."

"Ces femmes sont plus vulnérables car en marge de la société. Leur non-existence légale en fait des proies pour les agresseurs", indique-t-il à Franceinfo. "Le grand public n'est pas du tout au courant de cette réalité. On ne parle du quotidien des SDF que quand il fait froid dehors."

Nombre d'entre elles refusent de se rendre dans les centres d'accueil mixtes par peur d'être à nouveau prises pour cible. Elles développent ainsi des stratégies pour ne pas être agressées: "Dès qu'un mec s'approche, je m'urine dessus pour le faire fuir", raconte encore Marie, qui vit dans la rue à Paris. Mais "parfois, cela ne suffit pas". Ce qu'a également constaté Agnès Lecordier.

"Au bout d'un moment, elles renoncent à l'hygiène et à la propreté. Elles disent 'tant pis' pour leur corps. S'entourent d'immondices pour se protéger des hommes."

Céline Hussonnois-Alaya