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Procrastination: remettez votre culpabilité à plus tard

Attention, la procrastination ne doit pas être assimilée à la paresse.

Attention, la procrastination ne doit pas être assimilée à la paresse. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Cet article devait paraître hier, car mardi était marqué par la Journée mondiale de la procrastination. Mais pour illustrer notre propos par l'exemple, il est publié ce mercredi. Seule certitude, vaincre la procrastination n'est jamais facile.

Nous sommes très nombreux à remettre au lendemain ce que nous aurions pu faire le jour même. Ce mal, insidieux, culpabilisant, paralysant dans les cas extrêmes, s'appelle la procrastination. Et le seul mérite que l'on peut trouver à la journée mondiale de la procrastination, qui avait lieu mardi, est de faire parler de cette pathologie, trop souvent traitée sur le ton de la plaisanterie.

Elle touche tout le monde. D'ailleurs, de grands esprits étaient d'invétérés "procrastinateurs". La devise de l'écrivain américain Mark Twain, cité par John Perry, professeur de philosophie à l'université de Standford et auteur de La procrastination, l'art de reporter les choses au lendemain, ed. Autrement, était exemplaire: "ne jamais faire demain ce que vous pourriez remettre à après-demain". En somme un art de vivre dont déjà Horace, le poète antique, louait l'utilité par cette phrase: "Celui qui ajourne le moment de bien vivre attend comme les paysans que la rivière ait fini de couler."

Parfois, la procrastination a aussi servi de grandes choses en détournant d'une tâche finalement moins profitable à l'humanité des créateurs et inventeurs qui ont marqué l'humanité. Ainsi Linus Torvalds aura mis huit ans à passer son diplôme, car il consacrait trop de temps au développement de ce qui allait devenir l'un des systèmes d'exploitation informatiques les plus utilisés au monde: Linux.

"Ce n'est pas parce que l'on met un éléphant à l'horizon..."

Mais attention, explique le psychiatre parisien Jean-Christophe Seznec, "on confond souvent deux choses". Ainsi, il existe une "procrastination relevant d'une philosophie de la vie et la procrastination maladie". Plus ordinairement, la procrastination considérée en tant que pathologie, montre un visage beaucoup moins avenant et flatteur que l'hédonisme auquel certains prétendent parfois la raccrocher.

Elle est, comme le rappelle Sylvaine Pascual, coach et consultante, spécialiste du plaisir au travail, le symptôme d'une "vraie souffrance". C'est, continue la spécialiste, "une forme de protection contre des tâches qui nous semblent désagréables". Pour autant, "elle n'est pas l'ennemie", mais rend compte d'un mal plus profond dont il faudra chercher la cause.

Pour Jean-Christophe Seznec, elle est une "stratégie d'évitement pour se prémunir de tensions que procure le fait d'agir". Il s'agit très clairement d'une "fausse bonne solution pour éviter l'inconfort" temporaire, d'une tâche, d'une situation. Pour prendre une image, celle de son confrère Bruno Koeltz, (et auteur de Comment ne pas tout remettre au lendemain, ed. Odile Jacob): "Ce n'est pas parce que l'on met un éléphant à l'horizon qu'il aura diminué de taille".

Une mauvaise option donc car, elle provoque à terme des problèmes qui peuvent être beaucoup plus grands que ceux qu'elle permet temporairement de contourner. Elle agit "comme une drogue" et est aussi favorisée par une société qui prône parfois, selon le praticien, une forme de "toxicomanie du plaisir".

Une pathologie "à s'arracher les cheveux"

Chez certains, cette pathologie parfois présentée sur le ton de l'humour peut conduire des personnes qui repoussent les tâches ménagères, à "vivre dans des taudis et à ne plus s'en rendre compte", rappelle Sylvaine Pascual.

Du côté de la psychiatrie les choses sont encore plus graves. Dans les cas extrêmes, la procrastination peut conduire à la dépression et parfois à la "trichotillomanie, pathologie qui consiste à s'arracher cheveux et sourcils" et qui touche "plus souvent les femmes". Derrière ces symptômes se cache en embuscade la culpabilité. "Notre cerveau émotionnel ne peut s'empêcher de commenter" notre attitude, explique le psychiatre.

"La technique dite du salami"

Alors, comment s'en sortir? Comment ne plus culpabiliser, ne plus souffrir? Les deux spécialistes s'accordent à dire que la technique injonctive du "il faut, il n'y a qu'à" ne fonctionne pas. Il faut en réalité redevenir acteur de sa vie, "être dans l'action engagée", se poser la question "de ce que la personne que je veux être choisirait", en fonction de "ses valeurs", de "ses priorités", explique Jean-Christophe Seznec.

Mais plus concrètement? Une des techniques préconisées par les deux intervenants est "de simplifier et séquencer" les tâches qui nous incombent. Le psychiatre explique utiliser avec ses patients "la technique du salami". Cette charcuterie considérée dans son entièreté paraît immangeable, trop imposante, écœurante. Devoir la manger peut donner "le vertige". Mais débitée en fines tranches, avaler cette spécialité semble beaucoup plus réalisable. Du moins, peut-on imaginer en venir à bout. Il faut en somme "faire des tranches de tâches digérables".

Quant aux listes de choses à faire, les fameuses "to do lists", la question est délicate, car il faut les utiliser à bon escient. Ainsi Jean-Christophe Seznec préconise d'en réaliser non pas une, mais deux. "La première est un simple aide-mémoire. La seconde doit être hiérarchisée par ordre de priorité et concerne les choses à effectuer dès le lendemain". Ensuite, continue-t-il, "le patient exécute les tâches fixées en fonction de sa forme du moment. S'il ne les exécute par toute, au moins aura-t-il accompli les plus essentielles".

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