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Incendie de l'usine Lubrizol: pourquoi ce site classé Seveso se trouve-t-il aussi près du centre ville?

Deux travailleurs marchent vers l'usine Lubrizol près de Rouen, le lendemain de l'incendie

Deux travailleurs marchent vers l'usine Lubrizol près de Rouen, le lendemain de l'incendie - Lou Benoist / AFP

L'usine Lubrizol, dont l'incendie la semaine passée a fait partir en fumée 5253 tonnes de produits chimiques, se situe à environ trois kilomètres seulement de la cathédrale de Rouen, coeur de la ville.

Une semaine après l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, la question de l'implantation de ces sites "à risques technologiques" se pose. À Rouen, l'usine Lubrizol, classée Seveso "seuil haut" (du fait de la quantité de matières dangereuses présentes), se situe à environ trois kilomètres de la cathédrale, indique l'AFP.

"Avoir des usines classées Seveso qui sont quasiment imbriquées dans une ville, on ne ferait plus ça aujourd'hui", a déclaré dimanche Bruno Le Maire sur le plateau du Grand Jury de RTL, Le Figaro et LCI. "Qu'on fasse un retour d'expérience, que nous regardions quelles leçons il faut en tirer sur les implantations d'usines, sur les usines à risque (...) pourquoi pas, je pense que ça pourrait être utile", a avancé le ministre de l'Économie et des Finances. 

Des sites "rattrapés par l'urbanisation"

À ce jour, 1312 sites Seveso, dont 705 en "seuil haut", sont recensés en France, selon le ministère de la Transition écologique et solidaire. D'après les calculs du Parisien, 97 de ces usines en "seuil haut" sont implantées dans des zones avec au moins 100.000 habitants dans un rayon d'un kilomètre alentour.

Des sites installés il y a plusieurs décennies mais qui "ont été rattrapés par l'urbanisation et se retrouvent aujourd'hui entourés par beaucoup d'habitations", explique au quotidien le député du Rhône Yves Blein, par ailleurs président de l'Association des collectivités pour la maîtrise des risques technologiques majeurs.

Lorsque l'usine Lubrizol a été mise en service en 1954 à Rouen, elle était "au milieu d'un champ de patates, rappelle Europe 1. 70 ans plus tard, la voilà donc cernée par les habitations et rattrapée par l'urbanisation galopante."

Une législation "AZF"

Après l'explosion de l'usine AZF de Toulouse en 2001, des plans de prévention des risques technologiques (PPRT) ont été institués par la loi "Risques" du 30 juillet 2003, indique le site de l'Inspection des installations classées, organisme placé sous l'égide du ministère de la Transition écologique et solidaire. Une mesure qui rend peu probable l'implantation de futurs sites Seveso dans des zones à forte densité urbaine.

"(Les PPRT) ont pour objectif de résoudre les situations difficiles en matière d'urbanisme héritées du passé et de mieux encadrer l'urbanisation future", peut-on également lire sur le site, corroborant l'analyse d'Yves Blein.

Ainsi, l'élaboration de ces PPRT peut définir des secteurs de mesures foncières pour le bâti existant allant jusqu'à l'expropriation pour les situations les plus à risque, mais aussi des zones quant à "la maîtrise de l'urbanisation future" et des "zones de prescriptions sur l'existant", à présent limitées aux logements, détaille le site de l'Inspection des installations classées.

Ces mesures sont prises "dans le but de protéger les populations présentes et futures s'installant à proximité des sites Seveso seuil haut", indique encore l'Inspection des installations classées sur son site. Selon Europe 1 toujours, l'implantation d'une nouvelle usine serait aujourd'hui impossible, car "les contraintes imposées aux industriels sont draconiennes".

Clarisse Martin