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Usine AZF à Toulouse: le souvenir traumatisant d'une catastrophe industrielle majeure en France

Les décombres de l'usine AZF

Les décombres de l'usine AZF - ERIC CABANIS / AFP

Lors de cette catastrophe industrielle majeure de 2001, l'explosion d’un stock de nitrate d’ammonium avait causé la mort de 31 personnes, et blessé 2500 autres.

Deux jours après l’impressionnant incendie de l’usine Lubrizol de Rouen, l’heure est à l’inquiétude chez les riverains. Certains ont décidé de porter plainte, ils sont rejoints par plusieurs députés dont l’Insoumis Éric Coquerel, qui a ce samedi demandé l’ouverture d’une enquête parlementaire. L’imposant nuage noir qui s’échappait du sinistre, a été aperçu jusque dans les Hauts-de-France, et a laissé échapper une suie noie "polluante" selon Agnès Buzyn.

De nombreux habitants de l’agglomération rouennaise se plaignent d’irritations des voies aériennes et de vomissements. Cet événement dangereux rappelle à certains la dramatique catastrophe de l'usine AZF, en 2001. Dans un article consacré à l'incendie de Rouen, repéré par Courrier International, le quotidien suisse Neue Zürcher Zeitung, fait également le rapprochement avec “un autre souvenir traumatisant”, celui “de la catastrophe de 2001 à Toulouse”. Sur notre antenne, le secrétaire national d’EELV David Cormand, s’est alarmé en mettant lui aussi en parallèle la situation actuelle avec celle de l'usine toulousaine.

"On a l'impression qu'il y a une forme de banalisation de ce qu'il faut appeler une catastrophe industrielle majeure, la plus importante depuis AZF Toulouse, même s'il n'y a pas eu de décès contrairement à Toulouse", a-t-il souligné.

Lourd tribut humain

Pour rappel, le drame de l’usine AZF a eu lieu le 21 septembre 2001, peu après 10h du matin en raison de l’explosion d’un stock de nitrate d’ammonium. Dans ces bâtiments, catégorisés Seveso seuil haut, et aux alentours, 31 personnes avaient trouvé la mort et 2500 riverains directs ou non avaient été blessés.

Initialement construite à l’écart de la ville, l’expansion urbaine toulousaine avait fini par entourer le bâtiment industriel, tout comme c’était le cas à Rouen. En plus du bilan humain, l’explosion a provoqué de conséquents dégâts matériels puisque des zones industrielles voisines, ainsi que du mobilier urbain et de nombreux véhicules ont été partiellement ou totalement détruits. Au total, on estime à deux milliards d’euros l’ensemble du coût des dégâts.

Long feuilleton judiciaire

D’un point de vue judiciaire, l’affaire traîne en longueur. Si l’ancien directeur du site a écopé d’une peine de 15 mois de prison avec sursis et à 10.000 euros d’amende, ce fut au terme d’un feuilleton vieux de plusieurs années.

Lors du premier procès en 2009 à Toulouse, l'homme comme son entreprise, Grande paroisse, filiale du groupe pétrolier Total, avaient été relaxés au bénéfice du doute. Ils avaient en revanche été lourdement condamnés en appel en 2012, pour "une pluralité de fautes caractérisées et graves" ayant rendu la catastrophe possible. Mais cette condamnation avait été annulée par la Cour de cassation pour défaut d'impartialité d'un magistrat, engagé dans une association d'aide aux victimes.

Un autre appel avait eu lieu en 2017, qui avait de nouveau condamné l'entreprise, cette fois à l'amende de 225.000 € et à une peine de prison de 15 mois avec sursis, à l'encontre de l'ancien directeur. Mais la cour de cassation réexaminera le dossier le 7 novembre 2019.

Un site encore pollué

Pourtant, 18 ans après les faits, le quotidien des Toulousains est encore entaché par ce souvenir. Comme le signale le site local Mediacites la zone du cratère de l’explosion, qui devait être gardée sous scellés judiciaires, est en fait très aisément accessible au public.

De plus, comme le soulignait FranceInfo en 2017, une large partie du sud de l’ancien site est contaminée par des décennies de déchets de l’ancienne usine, soit 460.000 mètres cube situés près de la Garonne. Total, gestionnaire du site, n’a jamais dépollué le site à la suite de l’explosion, soulignait encore le média national.

Hugo Septier