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Edwy Plenel: le cas de Tariq Ramadan "ressemble à celui des prêtres pédophiles"

Le journaliste et président de Mediapart a condamné ce dimanche les actes dont est accusé l'islamologue Tariq Ramadan, dénonçant un "abus de confiance" en prime s'ils sont avérés. Il s'est par ailleurs défendu de toute "complicité" avec le théologien, mais en ajoutant qu'il a "toujours été contre sa diabolisation".

Sa réaction était attendue, scrutée. Invité d'Apolline de Malherbe pour Et en même temps ce dimanche soir, Edwy Plenel a qualifié de "très graves" les faits dont est accusé Tariq Ramadan.

L'islamologue et théologien suisse est visé par deux plaintes pour viol et accusé par quatre anciennes élèves d'avoir eu des relations sexuelles avec elles alors qu'elles étaient mineures.

"Dans le cas de Tariq Ramadan, où il y a des témoignages consistants, où il y a des plaintes, où la justice va enquêter, si les faits sont totalement établis par la justice, (...) c’est très grave pour l’individu qui est Tariq Ramadan et qui devra en rendre compte", a déclaré Edwy Plenel sur notre plateau.

Le journaliste a en outre insisté sur l'abus de confiance que les faits, s'ils sont avérés, auraient impliqué. "Il y a une gravité plus forte encore, et pour le dire tout net, qui ressemble au cas des prêtres pédophiles", a-t-il lancé.

"Comme pour un prêtre pédophile, il y a quelque chose qui aggrave les crimes qui est l'abus de confiance. Ces femmes (...) ont accepté de venir vers lui, vers quelqu'un qui parlait de foi, de valeurs, de moralité. Et cette personne, si les actes ont été commis, a brisé cette confiance. Et c’est impardonnable", a martelé l'essayiste. 

Edwy Plenel s'est par ailleurs vivement défendu d'avoir été au courant de rumeurs sur les accusations de viol, Mediapart ayant consacré une enquête en cinq volets sur Tariq Ramadan en 2016.

"Personne à Mediapart ne savait"

"Personne d'entre nous à Mediapart ne savait quand nous avons fait cette enquête", a assuré le président et co-fondateur du média.

"Des gens qui aujourd’hui disent 'Nous savions, mais nous n’avons pas publié', ces gens-là ont été complices du crime", a-t-il accusé. "Si on sait quelque chose, pendant des années, et qu'on ne se donne pas les moyens, soit policiers, soit judiciaires, soit journalistiques, on permet que d'autres victimes aient lieu."

Edwy Plenel a également réagi aux propos, entre autres, de Manuel Valls, qui l'accuse ce dimanche de "complicités" avec l'islamologue. 

"Un amalgame qui relève d'une chasse aux sorcières"

"Je n’ai croisé M. Ramadan dans ma vie que deux fois", a rétorqué le fondateur de Mediapart. "Je me suis retrouvé, dans le contexte des attentats, invité par une association musulmane. Je n’allais pas me dérober pour aller parler de Jaurès, de Charles Péguy, de la République, de ses valeurs", a-t-il détaillé.

"Il se trouve qu’ils avaient invité par ailleurs M. Ramadan, qui n’était pas un repris de justice tout autant que je sache, et qui, ce jour-là en tout cas, n’a rien dit de contraire à nos valeurs républicaines", a continué Edwy Plenel. 

"De cela est fait un amalgame qui relève pour moi d’une chasse aux sorcières, comme du temps du McCarthysme ou de l’inquisition", a-t-il critiqué, dénonçant un détournement de la parole des femmes à des fins politiques.

"J'ai toujours été contre sa diabolisation"

"Est-ce que nous avons fait ça, vous, moi, en disant 'Tous les socialistes, M. Valls le premier, et M. Cambadélis doivent rendre compte de ce qui est reproché à M. Strauss Kahn, dont ils faisaient la campagne présidentielle'? Est-ce que nous avons dit 'Tous les écologistes doivent rendre compte de ce qui est reproché à M. Baupin?'", s'est interrogé l'essayiste, qualifiant la position du Premier ministre d'"indigne". 

Assurant ne pas parler des actes de Tariq Ramadan et réaffirmant ses désaccords avec lui, Edwy Plenel a néanmoins regretté sa "diabolisation" à la suite des propos de Manuel Valls. "J'ai toujours été contre sa diabolisation, comme je suis contre, au prétexte du terrorisme, de diaboliser nos compatriotes musulmans quels qu’ils soient", a-t-il déclaré.

Liv Audigane