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Covid-19: la réouverture imminente des écoles suscite des inquiétudes

Bon nombre d'épidémiologistes estiment que, les enfants étant d'importants vecteurs du virus, il aurait été plus sage de maintenir les établissements scolaires fermés pour freiner l'épidémie.

La période de fermeture prolongée des écoles autour des vacances de Pâques touche à sa fin. Lundi prochain, le primaire et les crèches vont rouvrir leurs portes. Une semaine plus tard, le 3 mai, ce sera au tour des collèges et des lycées. De quoi susciter l'inquiétude de nombreux épidémiologistes et autres experts, d'après qui cette réouverture risque fort d'aggraver la circulation du coronavirus sur le territoire. Et ce, alors même que l'épidémie se situe toujours à un niveau alarmant.

Pour l'épidémiologiste et biostatisticienne Catherine Hill par exemple, le maintien du calendrier décidé par l'exécutif est une erreur. "Le risque, c'est que l'épidémie reparte", prévient-elle auprès de L'Express.

"Les enfants vont retourner à l'école, eux et leurs parents vont croiser de nouvelles personnes. Ça va faire circuler davantage le virus", juge-t-elle, faisant également allusion à la fin de la limitation de déplacement à plus de 10 kilomètres de son domicile, prévue pour le 2 mai au soir.

Quel niveau d'infection?

Aux yeux d'Antoine Flahaut, professeur de santé publique à l'Université de Genève et directeur de l'Institut de santé globale, "les enfants ont un niveau d’infection voisin ou supérieur à celui des adultes lorsque les écoles sont ouvertes". "Ce n’était pas le cas à l’issue du premier confinement, où ils se sont montrés moins infectés", rappelle-t-il auprès du Figaro.

Pour lui, la fermeture des écoles diminue les interactions "entre enfants, mais aussi entre adultes qui ne rencontrent pas d’autres parents": "Les mesures de confinement s’additionnent et font baisser le taux de reproduction, qui est directement fonction du nombre de contacts entre les personnes." Une nette hausse du télétravail a ainsi été constatée avec la fermeture des établissements ces dernières semaines.

"On entend souvent que l’école n’amplifie pas l’épidémie, mais elle y contribue", affirme Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université Versailles Saint-Quentin.

"Quand le virus circule dans la société, il circule de la même manière à l’école qui comporte tous les ingrédients de sa propagation: beaucoup de personnes passant des heures dans des espaces clos", s'alarme-t-il également auprès du Figaro.

"Il n'y a pas que l'aspect sanitaire"

À l'opposé, d'autres spécialistes plaident pour une réouverture rapide des établissements. "Il faut rouvrir les écoles, ça c'est indéniable, puisque les écoles ne sont pas le site de transmission majeure du virus, même s'il peut y avoir (...) quelques clusters, (...) ce n'est pas dans les écoles que se produit l'essentiel de l'épidémie", juge Yves Buisson, épidémiologiste et président du groupe Covid-19 à l'Académie nationale de médecine.

"Il n'y a pas que l'aspect sanitaire que l'on doit prendre en compte", ajoute l'infectiologue Odile Launay, qui a évoqué sur BFMTV-RMC l'impact psychologique d'une fermeture pour les enfants. "La réouverture des écoles et des crèches est indispensable. Quand on discute avec nos collègues pédiatres, ils sont (...) très inquiets de la souffrance des enfants", affirme-t-elle, faisant allusion notamment aux enfants "maltraités" dans le cadre familial.

Quant aux parents, beaucoup d'entre eux ont hâte de permettre à leurs enfants de retrouver les salles de classe. "Il faut avouer que les enfants décrochent au bout d'un moment et que le distanciel, ce n'est pas du vrai cours", explique à BFMTV Myriam Menez, présidente de la Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public du Val-de-Marne.

Inquiétudes sur les tests

Pour rouvrir dans les meilleures conditions, et éviter une résurgence de l'épidémie, le Conseil scientifique recommande les autotests, qui devraient selon l'instance faire l'objet d'un apprentissage en établissement, avant de se faire "à domicile sous le contrôle des parents". Ils ne peuvent pour l'instant concerner que les lycéens et les personnels, la Haute autorité de Santé réservant leur usage aux plus de 15 ans.

La réaction initiale du corps enseignant, du moins ses représentants syndicaux, a consisté à dire que ce n'était pas de son ressort et que ces autotests nécessiteraient des professionnels médicaux sur place.

"Les autotests, le mieux c'est bien évidemment de les réaliser à la maison, avant de partir au lycée. (...) Je crois qu'au départ, il faut une phase d'éducation. C'est-à-dire qu'on peut peut-être effectivement, dans chaque classe, présenter l'autotest, montrer comment on le pratique", note Yves Buisson.

Certains parents s'inquiètent toutefois quant à leur potentiel caractère obligatoire, précise Myriam Menez. "Il y a des parents qui sont contre ces tests nasaux", explique-t-elle.

Yves Buisson insiste sur le fait que ce test n'a rien de dangereux et que son écouvillonnage n'a pas à se faire en profondeur dans le nez, contrairement au test PCR classique. Catherine Hill, elle, regrette leur manque de sensibilité - "on les accepte (...) dès qu'ils trouvent un positif sur deux" - et préconise plutôt un usage massif des prélèvements salivaires dans la population, "car tout le monde est capable de cracher dans un tube".

Autotest ou test salivaire, quoi qu'il en soit, la systématisation des dépistages à l'école est "une très bonne chose", conclut Yves Buisson. Selon les informations de BFMTV-RMC, l'État prévoit deux autotests par adulte et un par lycéen chaque semaine, tout en déployant jusqu'à un million de tests salivaires disponibles par semaine pour les plus jeunes.

Jules Pecnard Journaliste BFMTV