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Education: les notes n'ont plus la cote

Exemple de système d'évaluation par pastilles vertes et rouges pour rendre compte de l'acquisition ou non de certaines compétences et certains savoirs. Classe de sixième du collège de Gémozac, le 01 décembre 2011.

Exemple de système d'évaluation par pastilles vertes et rouges pour rendre compte de l'acquisition ou non de certaines compétences et certains savoirs. Classe de sixième du collège de Gémozac, le 01 décembre 2011. - Patrick Bernard - AFP

Alors qu'un sondage montre, mardi, que trois parents sur quatre seraient favorables à la diminution de l'importance de la notation chiffrée, la ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem avance des pistes sur ce dossier, évoquant la mise en place d'un nouveau système d'évaluation de l'acquisition de compétences.

Vers la fin des notes à l'école? Un sondage* OpinionWay, publié mardi, par l'association de parents d'élèves du privé (Apel) montre que près de trois parents sur quatre (73%) sont favorables à une diminution du poids des notes dans l'appréciation du cursus des écoliers et collégiens. Le problème est double, puisque d'une part, les mauvaises notes saperaient, selon eux, la confiance en soi des élèves et d'autre part, elles seraient le plus souvent incompréhensibles pour les parents, se révélant incapables de les renseigner sur ce qu'il faudrait faire afin que leur enfant progresse.

La réforme du système de notation chiffrée est depuis longtemps envisagée par le ministère pour mettre fin, comme l'avait qualifiée François Hollande à une "évaluation sanction" finalement plus dommageable qu'efficace. Najat Vallaud-Belkacem qui a compris qu'une réforme de la notation était envisageable, multiplie les sorties sur ce dossier. Contrairement à son prédécesseur, Benoît Hamon, qui plaidait pour une notation "plus bienveillante" des élèves, la ministre de l'Education pousse le raisonnement à son terme orientant le débat vers un remplacement du système d'évaluation actuel par une autre formule.

La ministre ne veut "ni caricature, ni procès d'intention en laxisme"

Vendredi, la ministre de l'Education était en visite au collège Gabriel-Séailles à Vic-Fezensac dans le Gers. Depuis cinq ans, les 260 élèves de cette école sont évalués au moyen de points verts et rouges qui viennent valider et invalider l'acquisition d'une connaissance ou, ce n'est pas un détail, d'une compétence.

Samedi, la ministre revenait encore sur le sujet et rappelait que l'évaluation "ne repose aujourd'hui sur aucun fondement scientifique". La ministre avait souhaité en octobre que la nouvelle évaluation "encourage" les élèves "à apprendre et à progresser". Le débat ne doit pas être "caricaturé", avait-elle dit, souhaitant qu'on ne lui fasse pas "un procès d'intention en laxisme". Dont acte.

Pour porter cette réforme en s'assurant que toutes les concertations ont été menées et le terrain explosif déminé, une Conférence sur l'évaluation des élèves doit se dérouler du 11 au 13 décembre. Elle s'achèvera par des Journées de l'évaluation, comme ultime préalable à la remise par un jury composé d'acteurs et d'usagers du système éducatif, de recommandations.

Plusieurs centaines de "classes sans notes"

En attendant, en primaire, secondaire et même au lycée, plusieurs centaines d'équipes pédagogiques se sont, d'après le ministère de l'Education, déjà lancées dans l'aventure de classes "sans notes". Ces initiatives sont rendues possibles par l'article 34 de la loi du 24 juillet 2005 dite loi "Fillon", qui dispose que des "projets d'école" peuvent être "mis en place pour une durée de trois ou cinq ans. Des projets qui "précisent les voies et moyens qui sont mis en œuvre pour assurer la réussite de tous les élèves et pour associer les parents à cette fin "et également, "les modalités d’évaluation des résultats atteints".

Au lycée Koerberlé à Sélestat dans le Bas-Rhin, BFMTV a pu recueillir le sentiment Nicolas Logel, professeur de physique-chimie. Selon lui, loin de niveler vers le bas en opérant une espèce de dilution de l'évaluation, le système "sans notes" bénéficie aussi aux plus forts. "Avec un 15 ou un 16, ce sera difficile de faire passer ce message-là: 'Tu dois progresser dans l'expression écrite'. Lorsqu'on a une évaluation par compétence où on a du vert dans quatre domaines, mais du rouge ou du orange dans un des domaines comme la communication, on aura plus de facilité pour aider l'élève à cerner les progrès qui lui reste à accomplir".

Une évaluation détaillant l'acquisition ou non de compétence pourrait également donner aux parents des indices sur les domaines où leur enfant doit encore progresser. Mais encore faut-il que le nouveau système, à l'instar des lettres (de A à E) qui ont ça-et-là remplacé les notes sur 20 ou sur 10, ne revienne finalement pas au même. Après tout, un code couleurs aussi pourrait être, à l'issue de savant calcul, traduit en chiffres. Une autre problématique concerne le baccalauréat qui sanctionne la scolarité des élèves. Il semble pour l'instant difficile de remplacer le système d'évaluation chiffré pour cet examen, à moins d'en changer profondément la nature.

* Le sondage a été réalisé à partir d'un échantillon de 596 parents d'enfants scolarisés, issu d'un échantillon de 2.025 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. L'échantillon a été interrogé en ligne et sur le terrain fin octobre.