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Supprimer les notes, c’est zéro !

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Revenons sur l’idée lancée cette semaine par François Hollande d’abandonner les notes à l’école primaire. Visiblement, pas de quoi s’emballer…

C’est le prototype de la fausse bonne idée. Ne pas vouloir traumatiser nos enfants avec des mauvaises notes, c’est louable. Mais on peut se demander si le rôle de l’école n’est pas, dès le primaire, de les former à la vie réelle. Or qu’on le veuille ou non, la vie – et la vie professionnelle surtout – est faite de confrontations, de compétition même. Supprimer les notes n’y changerait rien. Ça ne ferait qu’installer les enfants dans une douce illusion égalitariste. Même si on arrête de chronométrer le 100 m, il y a aura toujours des coureurs plus rapides que d’autres !

L’idée de François Hollande n’est pas d’enlever toute notation. Il parle d’un système d’évaluation qui permette « d’indiquer un niveau plus que de sanctionner ».

On a du mal à comprendre quelle forme prendraient ces évaluations : des appréciations pour distinguer les connaissances acquises ou en cours d’acquisition ? Ça existe déjà et rien ne dit que ce soit plus motivant pour les élèves. En tout cas, ce qui est frappant, c’est que c’est une idée qui – si l’on en croit les sondages – plaît surtout aux enseignants et déplaît très majoritairement aux parents. Parce que les notes, c’est aussi un moyen de mesurer les progrès de nos enfants. Ce serait une erreur d’en faire un symbole politique.

Pourquoi parlez-vous d’un « symbole politique » ? Vous soupçonnez le gouvernement d’avoir une arrière-pensée ?

Le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions. Ce n’est pas en supprimant les notes qu’on supprime les inégalités. Quand on a décrété que 80% des élèves auraient le bac, on n’a pas amélioré le niveau des élèves, on a baissé celui du bac. La méritocratie républicaine ne suppose pas qu’on efface les différences mais que le système permette à chacun d’améliorer sa condition par ses efforts. C’est le contraire de cette forme de nivellement par le bas qui affleurait déjà dans l’idée de plafonner les salaires – et qui alimente beaucoup de discours en vogue qui dénoncent la réussite comme un abus.

Dans l’ensemble, les réformes annoncées dans l’Education par le ministre Vincent Peillon vous paraissent-elles aller dans le bon sens ?

Plutôt, oui. Sur la formation des enseignants (que le gouvernement précédent avait démantelée), sur l’abandon des devoirs à la maison pour aller vers un accompagnement plus équitable de tous les élèves, en classe. Oui aussi sur les rythmes scolaires – même s’il y avait un désaccord entre Vincent Peillon et Jean-Marc Ayrault. Il y en avait peut-être un autre, d’ailleurs, entre François Hollande et Vincent Peillon sur les notes : en juin, le ministre avait annoncé un changement du système de notation… François Hollande avait promis qu’il y aurait « toujours des notes ». Donc pour l’instant, Vincent Peillon mérite au moins la moyenne. Mais pour ce qui est du travail de groupe, il reste des progrès à faire.

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Hervé Gattegno