BFMTV

«Des gens gagnent de l’argent avec notre image», dit une ex-Clodette

Selon l’avocat des Clodettes, ces dernières « ouvrent la voie à une meilleure défense des artistes-interprètes ».

Selon l’avocat des Clodettes, ces dernières « ouvrent la voie à une meilleure défense des artistes-interprètes ». - -

Douze ex-danseuses de Claude François réclament 16 000 euros chacune dans le cadre de leur droit à l'image. Selon la société chargée de répartir les droits des artistes, les Clodettes n’auraient pas apporté assez de justificatifs.

Ce n’est pas sur un plateau télé mais au tribunal de grande instance de Paris que des Clodettes se sont retrouvées ce vendredi matin. Pour douze d’entre elles, c’est ‘la même chanson’. Aujourd'hui quinquagénaires ou sexagénaires, elles s'estiment lésées alors que, 35 ans après la mort de Claude François, disent-elles, leurs chorégraphies continuent d’apparaître sur les écrans, notamment sur la TNT, qui rediffuse abondamment des émissions de l'époque ORTF, ou dans les multiples DVD consacrés à la légende de Cloclo.
Les douze danseuses - parmi la vingtaine employées par le chanteur - ont assigné en février 2012 la Société de perception et de diffusion des droits des artistes-interprètes (Spedidam) devant le tribunal de grande instance de Paris. Elles réclament 16 000 euros chacune, à titre de provision, et la nomination d'un expert pour vérifier le calcul de leurs droits.

« Elles font partie du patrimoine musical national »

Seules trois anciennes danseuses, Lydia Naval alias "Ketty", Anne Lafitte et Patricia Ligeron, dite "Prisca", se sont présentées devant la 3e chambre civile, soutenues par une poignée de fans de la première heure du club Claude-François et Silm Pezin, son ancien chef d'orchestre.
Enveloppée d'un manteau orange vif, Ketty est venue au tribunal pour « la reconnaissance ». « On fait partie de l'image, du personnage de Claude », a indiqué avant l'audience cette grande femme noire de 63 ans au maquillage impeccable et a évoqué Claude François : « C'était un homme sanguin avec des réactions spontanées, mais l'agressivité de Claude, c'est une histoire qu'on a inventée. Il s'énervait après nous mais il nous aimait », a confié Ketty, assurant que, si « le patron » était encore là, « il nous aurait dit : ‘Battez-vous, soyez fortes ! » « Elles font partie du patrimoine musical national », a lancé leur avocat Maître Daniel Richard. Les plaignantes ont travaillé entre 5 et 10 ans pour Claude François, mais elles disent n'avoir touché qu'entre 100 et 300 euros par an de droits depuis 2010, « des sommes ridicules », selon leur avocat, qui critique « l'opacité » de la gestion des droits des artistes-interprètes (musiciens, choristes, danseurs) dans la Spedidam. Selon lui, la société, fondée en 1959, n'a fait « aucun effort » pour identifier les diverses participations des Clodettes aux enregistrements télévisés. Selon, lui, les ex-danseuses « ouvrent la voie à une meilleure défense des artistes-interprètes ».

« Un sentiment de colère »

Prisca Ligeron, Clodette de 1973 à 1978, et à la tête de l'école de danse des Claudinettes depuis 40 ans, a confié avoir le sentiment d’être prise « pour une cruche ». Anne Lafitte, elle, fut clodette en 1974-1975. Âgée de 58 ans, elle est aujourd'hui danse-thérapeute et éprouve « un sentiment de colère contre des gens dont j’ai l’impression qu’ils se foutent de moi ». Depuis 1978, elle cite des VHS, DVD, des émissions de télé qui repassent en boucle les chorégraphies des Clodettes. « A un moment, il y en a assez de savoir que des gens gagnent de l’argent avec notre image. Des gens qui ne nous ont jamais demandé l’autorisation de publier quoi que ce soit et qui ne nous reversent rien » s’est-elle indignée.

Des pièces justificatives « incomplètes »

Pourtant, selon Jean-Paul Bazin, directeur de la Spedidam, les Clodettes n’ont pas répondu aux sollicitations de la société : « Ce qui est regrettable, c’est qu’on leur a demandé à plusieurs reprises d’apporter des compléments d’information, des preuves de participation à des enregistrements, et elles ont décliné nos demandes ».
Un argument repris par Maître Isabelle Wekstein. L'avocate de la société soutient que les premières pièces justificatives ne sont parvenues à la Spedidam qu'en 2009, la plupart étant « incomplètes » avant d’ajouter : « Les Clodettes ont mis 6 mois, puis 1 an, et un an et demi avant de réagir à nos demandes d'éléments complémentaires ». Le jugement est attendu le 27 juin.

Claire Béziau, avec Victor Joanin et AFP