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Débloquer la participation salariale pour relancer le pouvoir d’achat ?

Pendant six mois, les Français pourraient débloquer leur participation salariale sans aucun frais.

Pendant six mois, les Français pourraient débloquer leur participation salariale sans aucun frais. - -

Le gouvernement veut débloquer la participation salariale, sans pénalité fiscale, pour inciter les Français à consommer. Une « rustine » pour les opposants à la mesure, qui souhaitent une réflexion à plus long terme.

Normalement bloquée pendant cinq ans, la participation salariale pourrait bien être un petit pactole à même de relancer la croissance. Le 28 mars dernier, François Hollande annonçait donc qu’il voulait permettre de débloquer la participation salariale, et la proposition de loi doit être déposée mardi par la Commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale.
La participation est aujourd'hui obligatoire dans les entreprises privées qui emploient au moins 50 salariés et dégagent un bénéfice suffisant (supérieur à 5% des capitaux propres), soit quatre millions de Français concernés.
Pour l'instant, cette participation est bloquée pendant 5 ans, mais le chef de l’Etat veut que les Français puissent y toucher sans pénalité fiscale pour une durée de six mois, avec toutefois une limite de 20 000 euros par salarié.

« Donner un coup de fouet à l’économie »

Pour le député socialiste de Meurthe-et-Moselle Christian Eckert, l'un des dépositaires du projet de loin, la mesure va redonner du pouvoir d’achat à de nombreux Français. « Il y a un certain nombre de salariés qui ont des fins de mois difficiles, même quand ils travaillent. Pour beaucoup d’entre eux, ce sera l’occasion d’envisager un achat qu’ils n’auraient pas pu faire autrement, des travaux dans le logement, acheter une voiture, récupérer un peu de trésorerie, on sait que les temps sont difficiles. Il n’y a pas de condition, on pourra débloquer cet argent pour en faire ce que l’on veut. Si ça peut donner un coup de fouet à l’économie et la consommation, tout le monde en sera satisfait ».

« Un fusil à un coup »

Marc Touati, économiste et auteur du Dictionnaire terrifiant de la dette, n’y voit toutefois qu’une « rustine » de plus qui « ne va pas servir à grand-chose, dans la mesure où rien n’est garanti. Rien n’empêche un ménage de prendre sa participation et utiliser son épargne pour justement épargner ailleurs. On n’a aucune garantie que cela va soutenir la consommation. Et surtout, c’est à court terme, c’est un fusil à un coup. C’est ça qui est dommage, ce sont des mesures de colmatage de brèche qui ne vont pas soutenir l’économie à moyen terme ».

« Pas à la hauteur de la crise »

« Tant mieux si ça permet à quelques salariés de faire un achat sur lequel ils comptaient depuis longtemps, ça peut aider des gens, mais on voit que ce n’est pas à la hauteur de la crise, regrette aussi Pierre Larrouturou, spécialiste des questions. Le gouvernement a raison de dire qu’il y a un problème de pouvoir d’achat, mais la mesure ne suffira pas à régler le problème. Ça peut aider pendant six mois, comme la TVA va augmenter en 2014, des gens vont se dire "j’achète une voiture ou un frigo maintenant"», mais ce n’est pas du tout à la hauteur de ce qu’il faut faire ».

« Une politique d’information du consommateur »

Sans compter sur le fait que rien ne prouve que les salariés achèteront français avec cet argent, comme le craint le député UDI de Seine-et-Marne Yves Jégo. « Cette idée de débloquer la participation risque d’aboutir au contraire de ce que souhaite le gouvernement, par une relance de la consommation de produits venant de l’étranger, donc un déficit accru de notre balance commerciale. Je plaide pour qu’une politique d’information du consommateur lui permette de savoir ce qu’il achète pour qu’il puisse arbitrer. Je crois au sens civique, à prix égal les Français sont prêts à privilégier, mais il faut savoir lequel c’est ».

Mathias Chaillot avec Juliette Droz