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Confinement: l'exode des Parisiens vers le littoral, source de vives tensions avec les locaux

Une plage de lÎle de Ré, dont l'accès est interdit durant le confinement.

Une plage de lÎle de Ré, dont l'accès est interdit durant le confinement. - XAVIER LEOTY / AFP

Après l'annonce du confinement, des Parisiens ont fui leur résidence principale pour rejoindre le littoral. Un afflux qui agace et inquiète notamment les Bretons.

A Arcachon, sur les îles d'Oléron ou de Ré, les volets des résidences secondaires sont rouverts avant le traditionnel week-end de Pâques. En cause: l’annonce du confinement faite par Emmanuel Macron, le 16 mars, pour tenter de ralentir la diffusion du coronavirus. Dans la foulée, les habitants des grandes villes - notamment les Parisiens - se sont rués dans les gares, abandonnant le béton pour la verdure et le grand air.

Ces arrivées inquiètent particulièrement les Bretons, dont la région est très prisée. Excédés, ils font part de leur agacement sur les réseaux sociaux, où les noms d’oiseaux envers les "parigos" fusent.

"Parigo home virus"

L’exode depuis la capitale cristallise les tensions, au point que certaines mises en garde se concrétisent parfois. Ce dimanche matin, le réveil était amer pour certains expatriés qui ont retrouvé les pneus de leur voiture crevés et leur carrosserie raturée du logo FLB, Front de Libération de la Bretagne. 

Sur le bassin d'Arcachon, les maisons de vacances aussi ont rouvert. Et si le maire de la Teste de Buch assure que "tout est calme", le quotidien Sud-Ouest a publié, dès mardi, un graffiti au Cap Ferret, proclamant "Parigo home, virus!"

Cette réticence vient notamment de la crainte des habitants du littoral de voir leurs supérettes se vider et les cas de coronavirus se multiplier dans des régions jusqu’ici relativement épargnées, contrairement à l’Île-de-France ou au Grand Est. En Bretagne, 446 cas confirmés de coronavirus ont été recensés, selon les chiffres de l'Agence régionale de santé communiqués ce dimanche. Parmi eux, 11 ne résident pas dans la région.

Les locaux redoutent aussi un encombrement de leurs services hospitaliers: "On a très peu de filets de sécurité au niveau sanitaire. A Molène par exemple, il n'y a pas de médecin, à Ouessant il y en a un seul, on serait très vite débordés", s'alarme Denis Palluel, maire de Ouessant.

Appel à la bienveillance et à la solidarité

Pour se protéger de l'invasion, des élus entrent en action, comme le maire de Groix, Dominique Yvon, qui a pris un arrêté contre l’arrivée de "résidents non-permanents", rapporte Libération, précisant que cette mesure n’a pas encore été validée. La communauté de communes d'Oléron a quant à elle insisté sur le fait que le confinement devait "se faire à son domicile (au sein de sa résidence principale) et non pas dans une résidence secondaire, une résidence de vacances ou celle de la famille élargie".

Mais ces rappels à l'ordre sont loin d'apaiser les tensions, et la virulence de certains est telle qu’une élue a dû intervenir dans le Morbihan, où près de 2000 personnes sont arrivées mardi dernier, selon le directeur général de l’ARS Bretagne cité par Libération. Marie-Hélène Stéphany, maire de l’île d’Arz dans le golfe du Morbihan, a ainsi condamné dans un communiqué le "comportement intolérable et irresponsable" des internautes qui "attisent la haine".

L’édile appelle ses concitoyens à être "bienveillants et solidaires" puisque désormais le confinement est effectif pour “au moins 15 jours”, avait prévenu Emmanuel Macron, le 16 mars. 

Ambre Lepoivre avec AFP