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Comment sortir du surendettement ?

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Incités par la publicité, de plus en plus de Français contractent crédit sur crédit. Un sénateur UMP propose une loi contre le surendettement. Des mesures qui font débat.

En ces temps de crise, les Français contractent de plus en plus de crédits. Le sénateur UMP de l'Oise, Philippe Marini propose donc une loi contre le surendettement. Selon lui, plus de 180 000 dossiers de surendettement sont chaque année déposés concernant près de 50 000 ménages. Et ces quatre dernières années, 88 000 demandes de mise en faillite personnelle ont également été déposées.

Jean-Luc a contracté plus de 20 crédits
Jean-Luc habite dans l'Oise et il est surendetté. Il a d'abord contracté un crédit à la consommation puis, pris dans l'engrenage, il a de nouveau emprunté afin de rembourser ce qu'il devait. Au total une vingtaine de crédits lui a été accordée.
Où a t-il trouvé toutes ces offres ? « Partout, dans les revues, les programmes télé... vous en trouvez partout, y'a rien de plus simple : il suffit de produire des fiches de paye. On ne vérifie pas si vous avez un autre crédit ailleurs. On vous promet monts et merveilles, on vous incite à prendre des crédits. Et à un moment, on arrive à une situation carrément bloquée, c'est un cauchemar. Bien sûr, c'est une erreur [de souscrire tant de crédits], mais il ne faut pas non plus inciter les gens à s'enfoncer jusqu'au point de non retour. »

En effet, les publicités pour le crédit sont partout. Dans les magazines, à la télévision, sur internet... les établissements proposent des offres plus alléchantes les unes que les autres. Les grandes enseignes s'y sont également mises, avec la création de multiples cartes qui vous garantissent notamment des "réserves d'argent".

A ce sujet, Philippe Marini exige la transparence : « Il faut appeler un chat un chat : une carte de fidélité qui est en même temps une sorte de carte bancaire, une carte de crédit, à un taux que l'on ne connaît pas bien et avec des conséquences que l'on ne maîtrise pas... ce n'est pas un produit clair. Il ne faut pas faire des choses tellement compliquées et séduisantes qu'on ne comprend pas les engagements que l'on prend. »

Des mesures contre le surendettement
Philippe Marini a dévoilé mardi les mesures contenues dans son projet de loi contre le surendettement. Il s'agit de :
- mieux encadrer la publicité sur le crédit par une mention obligatoire donnant son coût total ;
- imposer un délai de réflexion de 8 jours entre un démarchage en grandes surfaces et la proposition d'une offre de crédit ;
- et les commissions de surendettement pourraient être amenées à vérifier si les profesionnels n'ont pas accordé de crédits manifestement disproportionnés. Dans un tel cas, ils pourraient se voir condamnés financièrement.

Rien que « du blabla » ?
Une intention à première vue louable, mais qui ne satisfait pas Annie, secrétaire de Cresus Paris, une association qui aide les personnes surendettées. Pour elle, la proposition de loi de Philippe Marini ne résout rien : « Tout ça c'est du blabla, c'est complètement bidon. Le problème aujourd'hui, c'est pas la publicité, ni la façon dont le contrat sera rédigé - même si les 20% étaient marqués sur la moitié de la page comme sur les paquets de cigarettes en disant "attention, c'est du 20%", le problème aujourd'hui c'est que la plupart des personnes ont des revenus insuffisants et que les revolvings, ils les prennent pour un complément de revenu pour pouvoir vivre. En fait, le seul moyen de réguler ce genre de comportement, c'est le fichier positif : le préteur saura exactement si vous avez déjà un ou plusieurs prêts personnels, un revolving, etc. »

Philippe Marini et l'association Cresus se retrouvent en tous cas sur un point : il est urgent d'agir. La crise économique risque d'amener de nombreux Français à continuer à s'endetter et à aiguiser un peu plus l'appétit des organismes de prêt.

Juliette VINCENT et Rémy BARRET