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BestAssas: le site qui classe les étudiantes d'Assas selon leur physique

L'université Paris 2 Panthéon-Assas se dit prête à soutenir les étudiantes qui porteraient plainte.

L'université Paris 2 Panthéon-Assas se dit prête à soutenir les étudiantes qui porteraient plainte. - Capture google streetview

Un site internet a été lancé pour classer les 100 plus jolies filles de première année de droit de l'Université Paris 2 Panthéon-Assas.  L'Unef a exigé la fermeture de ce site, la présidence de la fac a condamné mais personne ne sait qui se cache derrière la plateforme.

L'indignation est de rigueur ce mardi soir à l'université Paris 2 Panthéon-Assas. Samedi dernier, des étudiantes de première année de droit ont eu la désagréable surprise de découvrir un nouveau site internet: BestAssas.com. Le principe repose sur un classement des 100 plus jolies filles de cette filière. Les votants: les élèves eux-mêmes qui ont le choix entre la photo de deux étudiantes et doivent répondre à la question "Laquelle trouvez-vous la plus jolie?"

Loin de s'en cacher, le fondateur du site a fait la promotion de sa plateforme. Il a choisi de poster le lien de son site dans un groupe Facebook réservé aux étudiants. "Un post a été mis sur le mur du groupe qui sert à échanger des informations ou annoncer des événements", explique à BFMTV.com Mélanie Luce, la présidente de l'Unef à Assas. Au total, 600 personnes de première année de droit sont concernées. 

"Violation du droit à l'image"

Mais les créateurs du site BestAssas.com, dont l'identité reste introuvable, avaient pour ambition de l'étendre à l'ensemble des étudiantes de l'université. Et de créer une version masculine. Pas de quoi calmer l'indignation de l'Unef. "L'Unef dénonce ce site aussi bien du fait de son concept que de la manière dont il a été réalisé", explique le syndicat étudiant dans un communiqué, repéré par L'Obs. Et insiste sur le fait qu'un tel classement réduit les femmes "à un statut de femme-objet".

"A mon sens, c'est une violation du droit à l'image", dénonce Mélanie Luce qui explique que "si les photos de ces jeunes filles étaient certes publiques car disponibles sur un groupe Facebook, aucune d'entre elles n'a donné son autorisation pour qu'elles soient utilisées sur un autre site".

L'indignation s'est également faite entendre directement dans les commentaires sur la page Facebook. Et cette colère est remontée jusqu'à la présidence de l'université qui a reçu des messages d'élèves mais aussi de chercheurs pour signaler la plateforme. Certaines étudiantes auraient l'intention de porter plainte. "Nous condamnons ce site", explique la direction à BFMTV.com.

Et de poursuivre: "L'université n'est pas directement citée donc nous ne pouvons agir officiellement, nous n'avons pas de moyen juridique, mais nous y réfléchissons et s'il y a des faits condamnables, on verra comment on peut agir en interne."

"Apporter un peu de gaieté"

Face à la polémique lancée par ce site, les créateurs ont décidé de le fermer mardi en fin d'après midi. Une fermeture accompagné d'un message d'excuse: "si notre site a blessé certaines personnes". "Notre seul objectif était d'apporter un peu de gaieté dans la vie trop triste des étudiants d'Assas", précise le texte en page d'accueil. 

Les personnes derrière BestAssas dénoncent tout sexisme, au nom de leur volonté de créer "un site masculin" et du fait qu'ils avaient pris le parti "de ne pas divulguer le classement des perdantes justement pour ne froisser personne". Ils assurent même que certaines filles affichaient fièrement leur place dans ce classement et qu'"une mère d'étudiante a demandé à ce que sa fille participe".

"Retourner dans sa cuisine"

Mais ce nouvel épisode serait symptomatique d'un sexisme latent au sein de l'université. "Les étudiantes ne vont pas à l’Université pour être élues 'plus belle fille d’Assas' mais pour se former et obtenir des qualifications qui leur permettront de s’insérer professionnellement mais également de s’émanciper et d’être autonomes", rappelle l'Unef.

Mélanie Luce dénonce un harcèlement dans cette fac, un manque de parité, notamment au sein de l'équipe pédagogique. "Nous voulons mettre fin à tout ce qu'on entend, comme quand un prof en amphi répond à une étudiante qu'elle devrait 'retourner dans sa cuisine'", détaille la présidente de l'Unef à Paris 2. "Il y a une commission de discipline, si des faits sont avérés nous pouvons agir", conclut simplement la présidence.
Justine Chevalier