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"Assignés", "enracinés", "affranchis": une étude montre une France fracturée mais unie par le sentiment national

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - PHILIPPE HUGUEN / AFP

Une étude de grande ampleur, pilotée par l'institut Elabe et l'institut Montaigne, publiée ce mardi, montre une population française partagée en quatre grands ensembles lorsqu'il s'agit d'explorer les cassures territoriales et sociales. Mais ces différentes fractions témoignent d'un même attachement à la France, concept plus fédérateur que les collectivités ou le quartier de résidence.

Il y a les "Affranchis", les "Enracinés", les "Assignés" ou encore les Français "sur le fil". Ce sont les quatre groupes qu'a dégagés l'étude, pilotée par les instituts Elabe et Montaigne pour France Info et des médias régionaux, publiée mardi. Cette enquête menée auprès de plus de 10.000 Français, auxquels 120 questions ont été soumises, a exploré le liens entre inégalités territoriales ou encore sociales et la perception du lieu de résidence et du pays. Il a donc mis en évidence ces quatre ensembles qui se présentent ainsi. 

Des groupes distincts mais qui se côtoient 

Il y a d'abord les "Affranchis", le groupe moins nombreux (avec un score de 21%) qui désigne cependant les Français les mieux lotis. En effet, les "Affranchis" en question le sont des contraintes territoriales et sociales. Ils ne ressentent pas davantage d'obstacle se dressant entre eux et leurs projets de vie. Schématiquement, on peut les caractériser comme les gagnants de la mondialisation.

Si l'on dépasse cet îlot, on aborde des parages moins heureux. On trouve ainsi 22% d'"Enracinés". Ceux-ci font le choix de demeurer là où ils vivent, dans un endroit dont ils ressentent la valeur protectrice face à un monde vu comme violent. D'autres ressentent bien différemment le fait de rester dans leur territoire. Les "Assignés", représentant 25% de la population, se cognent d'autant plus aux inégalités sociales et territoriales qu'ils se sentent bloqués sur leur sol. Enfin, 32% de personnes "sur le fil" ont la conviction qu'ils pourraient bien basculer vers l'ensemble précédent. 

Mais cette quadruple fracture ne dessine pas un pays marqué par une ségrégation géographique ou par une forme de sécession. La note de l'étude prend soin de faire observer: "Ces quatre groupes de Français se côtoient, voire se croisent assez largement au sein de mêmes territoires (au sein d’une même région administrative, mais également au sein de territoires de vie objectivement homogènes en matière de services publics et de dynamisme économique)".

Patriotisme et fatalisme 

Ces Français se côtoient aussi parce qu'ils continuent de regarder vers un destin commun. 73% des gens disent ainsi leur attachement à la France. La nation rassemble bien davantage que la région (à laquelle sont attachés 58% des Français), le département (53%), la commune (52%), et leur quartier (45%). Par ailleurs, l'amour des Français ne va décidément pas jusqu'à Bruxelles. Seuls 34% des Français se sentent attachés à l'Union européenne.

Pourtant, le patriotisme des Français ne les porte pas à l'optimisme. Ils sont 70% à être pessimistes quant à l'avenir du pays. Et ils ne sont que 49% à penser que le président de la République peut changer le monde dans lequel ils vivent. Le pourcentage tombe à 39% si on considère la confiance apporté sur ce point à un autre élu national: le député. 

Une situation sociale alarmante

Pourtant, d'après les Français, le changement serait le bienvenu. 78% des Français jugent la société actuelle injuste. 63% d'entre eux sont en plus persuadés qu'en France "la réussite sociale est jouée d'avance et dépend beaucoup de l'origine des gens". C'est en premier lieu l'écart entre les hauts et bas salaires, à hauteur de 37% des sondés, et les inégalités sociales plus largement, à un niveau évalué à 29%, qui suscitent la colère des Français. Ces disparités prennent le pas dans l'esprit de nos concitoyens sur les inégalités entre territoires stricto sensu

La fiscalité, comme l'actualité le montre, ne soulève pas non plus l'enthousiasme des foules. 65% des contribuables estiment qu'ils apportent plus au pot commun qu'ils n'en tirent bénéfice. Mais c'est l'utilisation et la répartition de l'impôt qui est en jeu, et non son principe, 81% des Français affirmant être prêts à payer davantage si cette hausse des efforts permettait de réduire la pauvreté ou encore d'améliorer la situation du système de santé. A ce propos, 48% des Français évoquent leurs fins de mois difficiles et 50% d'entre eux disent même avoir dû renoncer à des soins de santé en 2018.

Les Français sont tout de même "heureux"

Ainsi, la France semble se mirer dans un miroir bien peu flatteur. Tout est-il donc si noir? Apparemment, non. Paradoxalement, malgré ce sombre tableau, 73% des Français ont encore la force de se déclarer heureux. 67% assurent même avoir trouvé l'équilibre entre vie professionnelle, personnelle, familiale. Et c'est de là qu'émane la mélodie du bonheur. En effet, 75% des Français professent leur "certitude d’avoir dans leur entourage des personnes sur qui compter en cas de problèmes graves". Ils sont également 66% à juger qu'il fait "bon vivre" dans leur quartier ou leur commune. 

Un mélange de pessimisme et d'art de la vie personnelle traverse décidément l'histoire de la population hexagonale. 

Cette étude, composée de 120 questions, a été menée auprès de 10.010 personnes dans toute la France, avec un échantillon représentatif des résidents de chaque région métropolitaine.

Robin Verner