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À Saint-Ouen, une fresque en hommage à Aïcha, caissière, emportée par le Covid-19

La fresque en hommage à Aïcha, décédée du coronavirus.

La fresque en hommage à Aïcha, décédée du coronavirus. - C215 / Twitter

Un hommage réalisé par l'artiste C215, sur un mur du quartier où vivait la quinquagénaire.

Une pointe de rose sur les lèvres, les cheveux tirés: le portrait d'Aïcha Issadounène, une caissière de 52 ans victime du Covid-19, illumine depuis mardi un mur de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) peint par le graffeur C215, venu avec ses bombes "pour qu'on se souvienne d'elle".

"Pendant le confinement, on a tous fait nos courses, on a tous vu les caissiers se sacrifier. Moi, j'étais confortablement confiné à la maison comme la plupart des Français", explique Christian Guémy, alias C215.

Aïcha Issadounene travaillait comme caissière depuis 30 ans au Carrefour de Saint-Denis, et est décédée le 26 mars. Première victime du Covid-19 parmi le personnel du groupe de grande distribution.

"Une personne exemplaire"

L'artiste est tombé sur son portrait dans la presse, et a contacté le maire de Saint-Ouen et la famille d'Aïcha Issadounène pour leur demander l'autorisation de lui rendre hommage dans son quartier. 

Elle "a un parcours incroyable, c'était vraiment une personne exemplaire, serviable, qui était aimée du plus grand monde, une personne investie dans l'associatif", énumère le graffeur mondialement connu, qui est habitué à associer son art du portrait à des causes qui lui tiennent à cœur comme la liberté de la presse ou la précarité.

Nora Issadounène, la petite sœur d'Aïcha, présente pendant que l'artiste effectuait la fresque au pochoir, est admirative. "Le portrait est magnifique", souffle-t-elle ému. "C'était une personne serviable, tout le monde la connaissait dans le quartier". 

Une pointe de colère

Comme en témoigne Omar Lounis, patron du bar "Jaurès" à Saint-Ouen: "dès que j'avais un problème administratif, c'était elle qui le réglait". Pour lui, le portrait de plus d'un mètre de hauteur "est dur à regarder, je ne veux pas croire qu'elle est morte". 

Depuis le décès de sa soeur, Nora Issadounène ressent une pointe de colère. "Elle n'aurait pas aimé que je le dise mais il a fallu qu'elle soit morte pour que Carrefour décide d'installer des plexiglas et propose du gel (hydroalcoolique)", déclare-t-elle amèrement. 

Samedi, elle compte rendre un dernier hommage à Aïcha avec les collègues de la défunte autour du portrait, tout près de la mairie de Saint-Ouen. 

F.B. avec AFP