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A Saint-Ouen, il suffit de 10 minutes pour se procurer du cannabis

GRAND ANGLE - Pour enrayer le trafic de drogue qui gangrène la ville de Saint-Ouen, Bernard Cazeneuve a annoncé jeudi des renforts policiers pour des opérations ciblant les dealers mais aussi les clients. Simple "opération de com", comme le dénoncent des habitants? Pour le savoir, BFMTV s'est rendue sur place en caméra cachée.

Ligne 13, vendredi 15 mai, peu après 16 heures. C'est l'une des lignes les plus fréquentées du métro parisien, empruntée chaque jour par des milliers de salariés, mais aussi par des acheteurs de cannabis. Direction mairie de Saint-Ouen, à neuf stations des Champs-Elysées. 

Avec dix points de deal principaux identifiés depuis une décennie, la ville, en Seine-Saint-Denis, est devenue un "supermarché de la drogue", avec des acheteurs qui viennent par centaines se fournir en métro et des trafiquants qui opèrent au grand jour.

Pour enrayer ce trafic, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé jeudi 14 mai des renforts policiers, pour des opérations ciblant les dealers mais aussi les clients. Dans les faits, les choses ont-elles changé? Les habitants répondent "non", et dénoncent "une simple opération de com". BFMTV s'est donc rendue sur place, en caméra cachée. 

"Tu veux quoi? De la beuh?"

A la sortie du métro, notre équipe a d'abord croisé une première voiture de police, dans la rue. Puis un peu plus loin, devant l'une des entrées d'une cité, un camion des forces de l'ordre était stationné. C'est-là que nos journalistes ont croisé un premier rabatteur:

"Il y a des flics là-bas, il faudrait revenir plus tard", a-t-il d'abord lancé, avant de se raviser. "Non, non, c'est bon. Tu veux quoi? De la beuh?"

Trois sifflements, pour appeler le vendeur. "Tu vois le gars à la casquette, là-bas? Va le voir."

Rue passante

Sur le chemin, notre équipe a croisé un autre consommateur, qui vient s'approvisionner. Le vendeur se trouve au bout du parking, pas vraiment à l'abri des regards, près d'une rue passante.

- "Il te faut quoi?", demande le vendeur.

- "2 fois 20 de shit".

-"T'as de la chance, il m'en reste deux".

Quarante euros

Il regarde autour de lui, et prévient: "Y'a trop de flics, on peut rien faire". Mais un instant, plus tard, en une fraction de seconde, il tend la drogue. Pour quarante euros, notre équipe a reçu un morceau de résine de cannabis de la taille de deux carrés de chocolat, qu'elle a jeté dans une poubelle un peu plus loin. Il lui aura fallu moins de 10 minutes pour l'acheter. 

Pour repartir, le vendeur indique un chemin pour éviter "les flics". Nos journalistes ne croiseront, effectivement, aucun policier sur la route. Selon une habitante de cette cité, si le trafic a ralenti ces derniers jours, il est désormais bien reparti depuis lundi.

C. P. avec Myriam Alma