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« A Marseille, on a été adoptés par nos voisins »

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Le trader devenu moine dans les quartiers Nord de Marseille, Henry Quinson a raconté ce qu’il a découvert en changeant de vie.

Henry Quinson, un ancien trader devenu moine et auteur du livre « Moine des cités, de Wall Street aux Quartiers-Nord de Marseille » aux éditions Nouvelle Cité, a relaté son arrivée à Marseille : « Quand on est arrivés, les gens étaient très étonnés car on leur avait annoncé l'arrivée des curés. En fait, ces abstractions qu'on se balance les uns sur les autres, elles ne peuvent être désarmées ni par l'argent ni par des spots publicitaires qui voudraient remodeler la vision du monde, mais par la rencontre des gens. Heureusement, rapidement, nos voisins nous ont dit : "Mais vous, vous savez lire et écrire, vous pourriez peut-être aider les enfants pour leurs devoirs". Et c'est là que ma vision marseillaise s'est transformée en réalité. A travers cet accompagnement scolaire, on a une soixantaine de bénévoles qui viennent régulièrement aider les jeunes du quartier, les gens se rencontrent ».

Il a ensuite évoqué le rôle social qu'ils se sont attribué : « Les moines au départ, c'est les pères du désert, des gens qui vont se retirer. Pour nous, les banlieues c'est les nouveaux déserts aujourd'hui, des lieux réputés dangereux... Mais une fois qu'on est adoptés par nos voisins, les relations sont excellentes. Ca ne veut pas dire qu'il n'y a pas de problèmes de délinquance, de drogue, de vol... »

Interrogé sur la crise financière et son impact dans les quartiers Nord de Marseille, il a répondu : « Cette crise pour eux, elle est très ancienne : ils n'ont pas attendu la crise financière pour morfler. Ca fait très longtemps que la vie est dure dans ces quartiers. Pour eux, la crise financière est quelque chose d'assez lointain : ils n'ont pas d'épargne, ils ne sont pas touchés par la baisse des actions ni par la liquidité bancaire car ils vivent au jour le jour. Donc je dirais qu'ils ne sont pas touchés immédiatement, même si cette crise va avoir des incidences sur l'économie réelle. Mais nous c'est des cités où il y a plus de 30% de chômage, de l'emploi précaire, donc tout ça, ça fait des années que ça dure ».

Enfin, il est revenu le sens de son engagement et le regard porté par ses anciens collègues : « J'ai gardé des liens, j'ai des amis toujours dans la profession. Avec mon livre et cette période troublée, je me retrouve avec des gens qui commencent à réfléchir à ce qui se passe, au sens de l'existence car c'est ça qui est vraiment important dans ce type de parcours. Il est un peu caricatural et symbolique, mais ça nous ramène tous à nos propres questions ».

La rédaction-Bourdin & Co