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Virus mystérieux en Chine: faut-il s'inquiéter d'une propagation à l'étranger?

À l'heure actuelle, 221 cas sont connus, dont 217 en Chine, et trois morts ont été recensés.

L'inquiétude grandit autour du mystérieux virus qui touche plusieurs villes de Chine, et dont l'épicentre semble se trouver à Wuhan, dans le centre du pays. Ce lundi, Zhong Nanshan, un expert gouvernemental en maladies infectieuses, a assuré que le virus était transmissible entre humains, confirmant à la chaîne de télévision d'Etat CCTV que cette transmission par contagion était "avérée."

De fait, de nombreuses questions se posent désormais, dont la possibilité d'une propagation du virus à plus grande échelle. À l'échelle locale, plusieurs métropoles géantes chinoises ont été touchées, totalisant plus de 200 cas, dont trois mortels, selon un dernier bilan communiqué ce jour. 

Et la propagation n'est pas circonscrite à l'empire du milieu. Trois autres pays asiatiques ont été touchés: le Japon, la Thaïlande et la Corée du Sud. 

La famille des coronavirus 

Afin de comprendre les enjeux à court et moyen terme, il s'agit dans un premier temps d'identifier de manière plus précise le virus, qui a déjà fait trois morts, afin de mettre en place des barrières efficaces et empêcher une propagation. 

"C’est un virus respiratoire qui risque d’évoluer. On aurait tendance à dire qu’il est moins dangereux que le Sras, mais il faut qu’on mette en place toutes les technologies car on manque d'information", explique à BFMTV Vincent Enouf, virologue, directeur du centre national de référence de la grippe à l’Institut Pasteur.

Il est rejoint dans son diagnostic par Yazdan Yazdanpanah, chef du service maladies infectieuses de l’hôpital Bichat, qui s'exprimait également à notre antenne.

Pour lui, le virus fait partie des "coronavirus, une famille que l’on connaît, à l’origine de l’épidémie de Sras en 2002-2003. Ce sont des virus qui peuvent donner des rhumes jusqu’à des infections respiratoires." "Il faut être extrêmement prudent et surveiller de près", nuance-t-il toutefois. 

Propagation par les déplacements? 

Pour autant, les risques de propagation pourraient être accentués par un hasard du calendrier, puisque auront lieu, le 25 janvier prochain, les festivités du Nouvel An chinois, pour lesquelles des centaines de millions de personnes ont commencé à voyager en autocar, train et avion pour rendre visite à leur famille.

Malgré les risques, les déplacements en Chine ne font pour l'heure l'objet d'aucune restriction.

"Avec les transports aériens, le virus peut voyager. On n’est pas tous égaux, car des gens peuvent avoir des formes graves, notamment les personnes âgées, les gens qui sont diabétiques, qui ont des insuffisances cardiaques", rapporte Yazdan Yazdanpanah.

De son côté, Vincent Enouf pointe du doigt une difficulté supplémentaire que pourraient provoquer ces déplacements. 

"La grande problématique, c’est que tous les virus respiratoires se déplacent dans l’hémisphère nord. Les virus grippaux commencent à prendre leur place dans la famille des virus respiratoires et il va être difficile de faire la part des choses. Si une personne est infectée par ce nouveau virus, sans test spécifique, on ne pourra pas dire si on a affaire à un virus grippal ou à un autre virus respiratoire, dont celui de Chine", analyse-t-il. 

Des moyens mis en place à l'international

Pour autant, certaines dispositions ont déjà été mises en place par plusieurs pays afin de tenter d'endiguer une potentielle propagation du virus. 

Depuis vendredi, les Etats-Unis filtrent les vols en provenance de Wuhan à l'aéroport de San Francisco et à l'aéroport JFK de New York - qui reçoivent tous deux des vols directs depuis la ville chinoise - ainsi qu'à celui de Los Angeles, où sont assurées de nombreuses correspondances.

La Thaïlande, où deux cas ont été recensés, a également renforcé les contrôles dans ses aéroports. Pour leur part, les autorités de Hong Kong ont pris des mesures de contrôle aux frontières du territoire autonome, notamment avec des détecteurs de température corporelle.

En ce qui concerne la France, il n'existe que six vols hebdomadaires entre Paris et Wuhan. De fait, les contrôles devraient également être renforcés. 

"Les moyens pour juguler cette éventuelle épidémie sont mis en place. Dans tous les pays, des mesures sont mises en place pour éviter toute dispersion de ce virus. Si une personne a des symptômes, elle va être écartée et des prélèvements vont être isolés et analysés pour déterminer si ce nouveau virus est présent", souligne Vincent Enouf. "On aura les moyens. On peut se protéger en mettant des masques et en se lavant les mains fréquemment. On est très vigilant chez les gens qui viennent de ces zones, il faut qu’on puisse les isoler très rapidement en cas de doute", conclut de son côté Yazdan Yazdanpanah.
Hugo Septier