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"Une violence psychique inouïe": le moral de 21 millions de Français à nouveau mis à l'épreuve avec le confinement

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Photo d'illustration - StockSnap/ Pixabay

La réinstauration d'un confinement de quatre semaines pour 21 millions de Français survient un an après la première mise en place de cette mesure sanitaire. L'impression d'une boucle infinie pour de nombreuses personnes alors que les états dépressifs sont en hausse depuis mars 2020.

Bis repetita. Un peu plus d'un an après la mise en place du premier confinement, près de 21 millions de Français vont de nouveau être soumis à de nouvelles restrictions afin de freiner ce que Jean Castex a qualifié de "forme de troisième vague" de l'épidémie de Covid-19.

Interdiction de se déplacer d'une région confinée à une autre région, fermeture de commerces dits "non-essentiels", impossibilité de se regrouper avec d'autres personnnes en extérieur... Autant de mesures d'"une violence psychique inouïe" pour la psychanalyste Sophie Peters.

"Ce n'est pas juste 'j'en ai marre' mais 'je n'arrive plus à tenir'", explique l'auteure de Du Plaisir d'être soi qui déplore notamment la fermeture d'instituts de beauté ou de fleuristes, "des commerces essentiels sur le plan de la santé mentale pour beaucoup de personnes isolées dans une ville comme Paris".

"L'impression de déjà-vu"

Pour Marion Leboyer, responsable du pôle psychiatrie du CHU Henri-Mondor à Créteil, ce n'est pas spécifiquement ces restrictions qu'il faut prendre en compte, mais la durée de cette pandémie qui continue de bouleverser le quotidien des Français.

"On éprouve tous ce matin de la peur, de la colère, l'impression de déjà-vu et que ça ne va jamais se terminer", témoigne la psychiatre sur BFMTV, ajoutant qu'"on s'attend (en France, ndlr) à une hausse des nouveaux cas de dépression d'à peu près 30%, de nouveaux troubles de cas anxieux d'à peu près 20%".

La professeure rappelle que cela concerne particulièrement certaines catégories de la population, "les jeunes, mais aussi les femmes, les personnes en difficulté économique et celles touchées par le Covid". Un phénomène tant observé en France qu'au niveau international.

"Ce que nous craignons, c'est que les personnes tristes, déprimées ou qui ont des troubles anxieux ne se soignent pas", s'inquiète Marion Leboyer.

"Se créer une nouvelle routine"

La psychiatre appelle les Français se sentant psychologiquement vulnérables à en parler et consulter pour se faire soigner, "cela n'est pas honteux". Elle salue cependant la possibilité pour la population concernée par ce confinement de sortir dans un rayon de 10km, un point "extrêmement important".

"Il faut se créer une nouvelle routine, en particulier faire de l'exercice physique et pouvoir aller marcher au moins une demi-heure par jour, dormir à heures régulières, manger sainement, garder le contact avec ses proches, limiter la consommation d'alcool, de toxiques ou de médias", liste-t-elle afin de vivre "le mieux possible, sinon le moins mal" cette pandémie.

Sophie Peters demande de son côté aux personnes se sentant déprimées de voir les "ressources psychiques" à leur disposition: s'aérer, contacter des amis par téléphone - "pas forcément en visio car cela fixe le cerveau" - ou encore se mettre à la cuisine. En résumé: prendre du temps pour sa santé et celle d'autrui.

Hugues Garnier Journaliste BFMTV