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Trop d'erreurs de médicaments en maisons de retraite

Les + de 65 ans consomment en moyenne 3,9 médicaments par jour (photo d'illustration).

Les + de 65 ans consomment en moyenne 3,9 médicaments par jour (photo d'illustration). - Philippe Huguen - AFP

L'Union nationale des pharmaciens de France vient de remettre au gouvernement un rapport pour l'alerter sur les défaillances du système de préparation des médicaments en maison de retraite. Explications.

Les erreurs de préparation des piluliers dans les maisons de retraite existent: elles seraient même de l'ordre de 15% par an, selon une étude de l'Union nationale des pharmaciens de France (UNPF) révélée ce mercredi par Le Parisien. Un livre blanc vient d'être remis au gouvernement, et le président de l'UNPF, Jean-Luc Fournival, a été reçu par une dizaine de députés. "Ils ont été réceptifs à nos propositions", se félicite-t-il, joint par BFMTV.com.

Erreur sur le dosage, le timing, le patient, et parfois même sur le médicament, la situation est suffisamment alarmante selon lui pour que des mesures soient prises rapidement. "Le but de nos travaux n'est pas de jeter l'opprobre sur le personnel des maisons de retraite, mais de faire un constat pour mieux protéger les personnes âgées. Actuellement, environ 70% des piluliers sont préparés par des infirmiers. Or, techniquement, on ne peut pas leur demander plus: ils sont débordés, doivent gérer de nombreux patients..."

Des erreurs qui conduisent à des hospitalisations

Problème: ces erreurs conduiraient, selon Jean-Luc Fournival, 10% des plus de 65 ans et 20% des plus de 80 ans à l'hôpital, avec parfois des complications graves derrière. Un constat d'autant plus préoccupant que les 65 ans et plus consomment en moyenne 3,9 médicaments différents en une journée. Or, il n'existe aujourd'hui "aucun cadre juridique rigoureux", et "une préparation des doses à administrer artisanale se développe au détriment d'une sécurité nécessaire", regrette Jean-Luc Fournival.

Cette gestion conduit par ailleurs à des gaspillages de médicaments, comme le reconnaît Florence Arnaiz-Maume, déléguée générale du Synerpa, le premier syndicat des maisons de retraite privées. "Avant, nous passions commande pour les médicaments de maladies chroniques sur 28 jours, mais nous nous sommes rendus compte que l'on en jetait beaucoup trop à chaque changement de traitement. Aujourd'hui, nous fonctionnons sur huit jours, mais ça peut encore être amélioré", explique-t-elle à BFMTV.com.

Une nouvelle activité rétribuée pour les pharmaciens?

Dans le livre blanc remis ce mercredi, l'UNPF émet quatre recommandations: "la mise en place d'un protocole de contrôle pour diminuer le nombre d'erreurs", "la reconnaissance au pharmacien d'un double rôle: dispensateur du médicament au bon dosage, bon patient, bon moment, et organisateur du circuit de ces médicaments dans les maisons de retraite", "la rétribution du pharmacien pour cette activité", et "la création d'une formation universitaire spécifique", énumère le président de l'Union. "Ce serait un nouveau métier et une nouvelle spécialité du pharmacien".

Selon leurs perspectives, l'application de ces recommandations et l'automatisation de la préparation des traitements permettraient de faire chuter le nombre d'erreurs de 15 à 2%, et de diminuer de près de 20% les dépenses de l'Assurance maladie -moins d'hospitalisation, moins de médicaments gaspillés-.

Une gestion parfois internalisée

Florence Arnaiz-Maume, déléguée générale du Synerpa, partage ce constat et ces recommandations "à 90%". "Nous avons parfois jusqu'à une centaine de patients à gérer, avec pour certains des changements de traitement quotidiens, et nous travaillons en flux tendu. Il est certain que l'automatisation des préparations de doses à administrer serait une excellente chose, car ces systèmes ont fait leurs preuves", explique-t-elle.

Elle reste cependant plus circonspecte sur le fait de laisser l'entière gestion du circuit médicamenteux aux seuls pharmaciens libéraux. "Aujourd'hui, en maison de retraite, nous avons parfois la possibilité d'embaucher un pharmacien, et de traiter ce circuit en interne. Il faut garder cette option sur la table, car dans certains cas, elle peut s'avérer plus économique".

Reste désormais aux parlementaires de s'emparer du sujet. Adopté en première lecture à l'Assemblée, le projet de loi Santé doit être examiné par le Sénat en septembre prochain.