BFMTV

Sida: le mythe du "patient zéro" n'a jamais existé, selon des chercheurs

Le syndrome d’immunodéficience acquise, ou sida, est dû à l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) qui détruit les défenses immunitaires.

Le syndrome d’immunodéficience acquise, ou sida, est dû à l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) qui détruit les défenses immunitaires. - iStock

Le Québécois Gaëtan Dugas a longtemps été surnommé le "patient zéro", responsable de l'épidémie de sida aux Etats-Unis, après sa mort en 1984. Mais des chercheurs viennent de confirmer une hypothèse évoquée depuis plusieurs années. Il n'était pas l'une des premières personnes infectées et le terme lui-même n'a pas lieu d'être.

C'est un mythe qui a poursuivi Gaëtan Dugas pendant plus de 30 ans. Ce steward québécois homosexuel a été pendant toutes ces années suspecté d'être l'un des premiers cas de contamination au VIH aux États-Unis et d'avoir transmis le virus à plusieurs personnes avant que l'épidémie ne soit identifiée. Ce qui lui a donc valu le statut de "patient zéro" lorsque les chercheurs ont voulu déterminer la raison de la propagation du virus aux Etats-Unis, dans les années 80.

Mais une nouvelle étude vient définitivement confirmer, après d'autres travaux sur le sujet, que ce n'est pas le cas. Dans la revue "Nature", les chercheurs de l'université de Cambridge rappellent comment, à l'époque, les scientifiques en sont venus accidentellement à l'étiqueter comme tel, alors que ce dernier n'était que l'une des milliers de personnes infectées avant que le VIH ne soit connu.

Leur travail révèle même comment le terme "patient zéro" encore utilisé aujourd'hui a été créé par inadvertance dans les premières années d'enquêtes sur l'émergence du sida. Ils ont pour cela combiné les recherches d'un historien de l'université avec les résultats de dépistage génétique sur des décennies d'échantillons sanguins.

Patient "O" et non patient "0"

Avant sa mort, Gaëtan Dugas, très actif sexuellement, a fourni aux enquêteurs des Centers for Disease Control (CDC) une quantité importante de renseignements personnels pour les aider à déterminer si la maladie était causée par un agent sexuellement transmissible. S'ajoute à cela une confusion entre une lettre et un chiffre et le "patient zéro" est né, et le steward blâmé à titre posthume.

En effet, pour identifier les patients séropositifs de l'étude, les enquêteurs ont utilisé un système de codage, en fonction des villes où leurs symptômes sont apparus (LA 1, LA 2, NY 1, NY 2). Gaëtan Dugas n'étant pas américain, il fut baptisé cas O57 pour "Out(side) of California" (en dehors de la Californie). Un surnom qui a été ensuite abrégé par la lettre "O".

Seulement, "certains chercheurs discutant de l'enquête ont commencé à interpréter l'ovale comme un chiffre, et le patient O est devenu patient 0. Zéro est un vaste mot, il peut ne rien dire mais il peut aussi signifier le commencement absolu, souligne le Dr Richard McKay, principal auteur de l'étude. Le fait que Dugas ait un nom plus mémorable que d'autres a probablement contribué à sa centralité dans cette enquête".

Lorsque les résultats ont été publiés en 1984, Dugas est décédé la même année en raison de sa maladie. Depuis des décennies, cette erreur est souvent évoquée, mais les chercheurs de l'université de Cambridge apportent une preuve supplémentaire: l'analyse du génome de cet homme d'après ses échantillons sanguins de 1983 démontre qu'il n'était même pas un cas de base du VIH à l'époque.

Plus généralement, les chercheurs concluent qu'il serait même préférable que les scientifiques, journalistes et même le public n'utilisent plus l'expression "patient zéro", qui n'a fait que susciter le blâme lors d'éclosions de maladies.

Alexandra Bresson