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Si le cancer du col de l'utérus poursuit sa régression en France, le dépistage reste insuffisant

Le nombre de cas et de morts liés au cancer de l'utérus est en baisse en France (PHOTO D'ILLUSTRATION)

Le nombre de cas et de morts liés au cancer de l'utérus est en baisse en France (PHOTO D'ILLUSTRATION) - Romain Lafabregue - AFP

Facilement éliminable, le cancer du col de l'utérus régresse en France. Mais la baisse du nombre de nouveaux cas et de la mortalité ralentit, ce qui inquiète les spécialistes. Une campagne de dépistage doit être lancée cet automne.

C'est en apparence une bonne nouvelle: en une trentaine d'années, le nombre de nouveaux cas de cancers du col de l'utérus a régressé. Le nombre de femmes diagnostiquées est passé de 3990 en 1990 à 2920 en 2018. La mortalité a suivi une diminution similaire, pour atteindre 1117 morts l'an dernier. Derrière cette tendance satisfaisante, se cache un bémol: la diminution de l'incidence et de la mortalité ralentit depuis 2005.

Pourtant, il existe deux armes efficaces pour combattre ce type de cancer: "Pour faire mieux, il faut une meilleure couverture de dépistage et un programme de vaccination", nous explique le docteur Françoise Hamers.

"La vaccination anti-HPV permet d’empêcher l’infection virale persistante de souches cancérogènes les plus fréquentes, et le dépistage permet de détecter des lésions précancéreuses qui pourront être traitées à temps avant d’évoluer en cancer invasif", détaille la coordinatrice de l’évaluation des dépistages des cancers à Santé publique France. Sur ces deux aspects, la France peut mieux faire.

58,7% des 25-65 ans dépistées entre 2015 et 2017

Sur le dépistage d'abord, pour la période 2015-2017, moins de 6 femmes de 25 à 65 ans sur 10 (58,7%) ont réalisé un frottis cervico-utérin, avec d'immenses disparités géographiques.

"C'est clairement insuffisant; l'objectif du plan cancer c'est 80%", s'alarme Françoise Hamers.

Si la France dépasse la moyenne de l'Union européenne (45,4%), le taux hexagonal est loin d'atteindre les 80% enregistrés au Danemark, en Irlande et en Suède.

Sur la vaccination contre deux virus du papillome humain (HPV 16 et 18, responsables d’environ 70% des cancers du col de l’utérus dans les pays industrialisés), elle est actuellement recommandée chez les jeunes filles à partir de 11 ans.

"Une modification des comportements sexuels"

Dans les faits, moins d’un tiers (29,4%) des filles de 15 ans a reçu une dose de vaccin. Un an plus tard, 23,7% des adolescentes ont reçu les deux doses. Même si la couverture vaccinale progresse légèrement entre 2017 et 2018 (+2,9 points chez les filles de 15 ans; +2,3 points chez celles de 16 ans), elle n'est pas suffisante:

"Une modélisation indique qu'une couverture vaccinale à 85% associée à la correction des inégalités vaccinales empêcherait la survenue de 377 cancers et 139 décès par cancer du col par cohorte de naissance", explique le bulletin de Santé publique France.

Enfin, pour expliquer le ralentissement de la baisse du nombre de cas, l'agence sanitaire avance une dernière piste: l'augmentation de l'exposition aux papillomavirus humains dits "à haut risque oncogène"; autrement dit, les plus méchants, ceux qui entraînent le cancer du col.

"Cela s'explique par la modification des comportements sexuels", estime le docteur Hamers. "Par exemple, avec l'augmentation du nombre de partenaires ou la diminution de l’âge au premier rapport", conclut la spécialiste.
Margaux de Frouville