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Pilule et cancer: quel est le risque?

Les débats se poursuivent sur l'augmentation du risque de développer certains cancers pouvant être liés à la prise de la pilule.

Les débats se poursuivent sur l'augmentation du risque de développer certains cancers pouvant être liés à la prise de la pilule. - iStock - areeya_ann

Une récente étude affirme que la pilule a permis de faire diminuer en dix ans le nombre de décès attribuables au cancer de l'ovaire dans le monde. Ce moyen de contraception s'est généralisé ces dernières années, mais fait l'objet de débats quant au risque de développer certains cancers chez la femme.

Le cancer des ovaires est considéré comme le huitième cancer le plus fréquent chez la femme en France, selon la Fondation ARC. Il représente également la quatrième cause de décès par cancer dans cette population.

Mais ce chiffre pourrait bientôt être revu à la baisse selon une étude de chercheurs de l'université de Milan qui affirment que les décès causés par cette pathologie ont significativement diminué dans le monde entre 2002 et 2012 et devraient continuer à baisser aux Etats-Unis et dans l'Union européenne, et dans une moindre mesure au Japon, au moins jusqu'en 2020.

En examinant de près les données des décès par cancer de l'ovaire de l'Organisation mondiale de la santé de 1970 à 2011, l'année la plus récente pour laquelle elles étaient disponibles, les chercheurs ont constaté que dans l'UE, le taux de mortalité a diminué de 10% entre 2002 et 2012, passant de 5,76 décès pour 100.000 femmes à 5,19 femmes.

Aux Etats-Unis, la baisse a été encore plus significative, avec une mortalité qui a diminué de 16% (5,76 décès pour 100.000 femmes en 2002 à 4,85 décès pour 100 000 femmes en 2012). Enfin, le taux de mortalité a diminué de 2% en dix ans au Japon. La raison principale de cette diminution de la mortalité serait principalement due à la généralisation de la pilule contraceptive et la protection à long terme que cette dernière fournirait contre le cancer de l'ovaire.

Des pays plus adeptes de la pilule que d'autres

D'autres facteurs jouent aussi un rôle, la baisse du traitement hormonal de substitution pour traiter les symptômes de la ménopause, un meilleur diagnostic et un traitement plus efficace. Mais les chercheurs ont quand même noté des disparités selon les pays, notamment au sein même de l'Union européenne, entre l'Europe de l'Ouest et l'Europe de l'Est.

"Les différents taux de mortalité entre les pays européens se sont réduits depuis les années 1990. Ceci est probablement dû à une utilisation plus uniforme des contraceptifs oraux à travers le continent. Cependant, il y a encore des différences notables entre les pays tels que la Grande-Bretagne, la Suède ou le Danemark, où plus de femmes ont commencé à prendre des contraceptifs oraux tôt, dès les années 60, et les pays d'Europe de l'Est et d'Europe Occidentale, où leur utilisation a commencé beaucoup plus tard", explique Carlo La Vecchia, principal auteur de l'étude.

A l'inverse, "le Japon, où les décès de cancer de l'ovaire ont été traditionnellement faibles, a maintenant des taux plus élevés de mortalité que les Etats-Unis ou l'UE, ce qui reflète une utilisation plus occasionnelle de la contraception orale.", ajoute-t-il.

Tout dépend du type de pilule

Parallèlement, les chercheurs ont constaté que le recours au traitement hormonal de substitution a eu tendance à diminuer ces dernières années après que plusieurs études mettent en évidence le risque accru de maladies cardiovasculaires ainsi que du cancer du sein et de l'ovaire. Jusqu'en 2020, ils établissent une baisse de 15% aux Etats-Unis et de 10% dans l'UE et au Japon.

L'institut national du cancer (INCa) explique sur le sujet que "plusieurs études suggèrent que les femmes sous pilule combinée (qui contiennent un œstrogène et un progestatif) risqueraient moins d’être atteintes d’un cancer de l’ovaire ou de l’endomètre". Un effet bénéfique qui se renforcerait avec la durée d'utilisation: une étude britannique publiée en 2015 indique que la prise d’une pilule pendant 5 ans réduirait de 25% le risque d’avoir un cancer de l’endomètre avant 75 ans.

En revanche, une expertise du CIRC* estime qu'une femme sous pilule que celle-ci soit combinée ou microprogestative (qui contient seulement un progestatif) semble accroître légèrement son risque de cancer du sein et de cancer du col de l'utérus. A noter que l'INCa estime que les nouveaux contraceptifs hormonaux (timbre, anneau vaginal, implant cutané, injection) sont d'apparition trop récente pour qu’on puisse évaluer leur risque potentiel avec assez de recul.

*Centre international de recherche sur le cancer
Alexandra Bresson