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Obésité: des conséquences sanitaires mais aussi sociales


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L'obésité constitue un important facteur de risque de plusieurs maladies chroniques, dont le diabète, les maladies cardiovasculaires et le cancer. Mais cette maladie, elle-même chronique, peut également donner lieu à des préjugés et à une stigmatisation dont l'impact ne doit pas être négligé.

L'obésité de l'adulte est due à un excès de masse grasse corporelle et se définit à partir de l’indice de masse corporelle (ou IMC). Ses causes sont complexes et nombreuses car au-delà de la nutrition et de la génétique, de nombreux facteurs environnementaux semblent impliqués dans le développement et l’installation de cette maladie chronique. À l’échelle mondiale, le nombre de cas d’obésité a doublé depuis 1980.

"En 2014, plus de 1,9 milliard d’adultes étaient en surpoids. Sur ce total, plus de 600 millions étaient obèses", explique l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En France, près de 15% de la population adulte est obèse, selon les données du ministère de la Santé. Quand ses conséquences les plus fréquentes pour la santé sont évoquées, c'est le risque de maladies chroniques, maladies "non transmissibles", qui est énuméré en premier.

En effet, une hausse importante de l’IMC est susceptible de favoriser des maladies cardiovasculaires (notamment les cardiopathies et accidents vasculaires cérébraux), du diabète, des troubles musculo-squelettiques, et certains cancers (de l’endomètre, du sein, des ovaires, de la prostate, du foie, du rein et du colon). Sur le sujet, l'Inserm cite également l'hypertension artérielle, le syndrome d’apnée du sommeil et d’autres maladies respiratoires.

Les enfants particulièrement touchés

Mais les conséquences de cette maladie sont également psychologiques et sociales, et conduisent de nombreux patients à consulter. C'est ce que rappelle l'OMS dans une récente synthèse: l’obésité retentit également sur la qualité de vie, elle est à l’origine de discrimination et de stigmatisation. Cette situation omniprésente peut être causée par les enseignants, les employeurs, les professionnels de santé, les médias, et même par les amis et la famille.

Or, il peut en résulter des risques importants sur le long terme, comme la dépression et la diminution de l’estime de soi. Le risque étant aussi qu'un cercle vicieux s'installe: l'institution précise qu'elle "peut aussi être à l’origine de troubles alimentaires et amener les personnes qui en sont victimes à éviter l’activité physique et les soins médicaux." Ce sont particulièrement chez les enfants que la stigmatisation de l’obésité peut être particulièrement grave.

"Des études indiquent que les enfants atteints d’obésité ont 63% plus de risques de se faire harceler. Les intimidations ou les brimades infligées en raison de leur poids peuvent être à l’origine d’un sentiment de honte, d’un manque d’estime de soi et d’une mauvaise image corporelle, voire même pousser au suicide", souligne l'OMS. C'est pourquoi celle-ci préconise davantage de politiques de prévention de ce phénomène à l'école.

Des mesures spécifiques contre les préjugés

Outre la stigmatisation, la simplification à outrance des causes de l’obésité et des moyens de sortir de cette condition est également évoquée. Un phénomène qui alimente encore plus les préjugés relatifs au poids et peuvent relayer des attentes irréalistes, en occultant les défis auxquels peuvent être confrontés les personnes obèses lorsqu'elles tentent de modifier leur comportement.

"Le débat se focalise souvent sur les comportements personnels et les échecs apparents, alors que l’on néglige de prendre en compte d’importants facteurs sociaux et environnementaux", fait savoir l'OMS, qui incite les gouvernements à s’attaquer à cette problématique. Mais si les pouvoirs publics investissent dans des mesures d'intervention pour réduire les effets sanitaires de l'obésité, ils sont peu prompts à mettre en place des mesures pour réduire ses incidences sociales.

"Toute inaction à cet égard aura des conséquences sur le capital social et sanitaire des générations à venir, et aggravera les inégalités en Europe et au-delà", conclut l'OMS. En France, un Plan Obésité 2010-2013 a conduit à la mise en place de 37 centres spécialisés disposant d’équipes médicales multidisciplinaires. Surtout, l'un de ses axes d'intervention consiste à "prendre en compte les situations de vulnérabilité et lutter contre les discriminations", y compris dans les systèmes de soins.

"De nombreuses études témoignent de l’importance de la stigmatisation et de la discrimination dont souffrent les personnes obèses. Les associations ont un rôle important d’alerte et de pression", explique le ministère de la Santé. Il s'agit concrètement d'inscrire cette question dans des actions de formation des professionnels de santé et d'engager la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde), le CSA et les médias sur cette question.

Alexandra Bresson