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Movember, Octobre rose, Red day: des initiatives vraiment utiles?

Des participantes à la compétition "la Rose des sables" réunies dans le désert marocain en octobre 2012.

Des participantes à la compétition "la Rose des sables" réunies dans le désert marocain en octobre 2012. - Julien Rocher - Flashsport - AFP

Après un mois d'octobre tout rose dédié à la lutte contre le cancer du sein, c'est au tour de la santé masculine d'être à l'honneur en novembre. Les hommes sont ainsi invités à porter la moustache. De quoi se demander si arborer une couleur ou une fantaisie pilaire sert vraiment la bonne cause?

Le 7 avril a été rouge, le mois d’octobre rose, et novembre sera "moustachu". De quoi parle-t-on? D’actions thématiques pour lutter contre les maladies graves comme le cancer. Depuis quelques années, ce type de mobilisations se multiplient en France. Mais sont-elles efficaces? BFMTV.com les a passées en revue. 

Des billets de train pas chers...

Dès dimanche ou lundi, vous verrez peut-être autour de vous une recrudescence de la moustache. La faute à une nouvelle tendance? Oui mais pas que. Pour la quatrième année consécutive, la campagne internationale "Movember" (contraction de mo signifiant moustache en australien et de november) s’installe en France.

Les hommes sont ainsi invités à se laisser pousser la moustache afin de sensibiliser et récolter des dons pour la santé masculine, spécifiquement pour la recherche contre le cancer de la prostate, des testicules et la santé mentale. Pléthore d’événements auront lieu pendant le mois et ce, dans toute la France. Des célébrités mais aussi des acteurs de l’économie et de l'entreprenariat ont annoncé leur participation tandis que Thalys, par exemple, se mobilise en mettant en vente des billets à 11 euros pour toutes ses destinations le 4 novembre et reversera à la fondation 1 euro par billet vendu.

... une Tour Eiffel rose

Plus tôt, en octobre, c’était la lutte contre le cancer du sein qui était à l’honneur. De nombreuses manifestations plus grandiloquentes les unes que les autres (La Tour Eiffel s'était illuminée de rose cette année) se sont également déroulées partout dans l’Hexagone pour soutenir la recherche contre cette maladie qui risque de toucher 1 femme sur 8. Campagne beaucoup plus conséquente que Movember, "Octobre rose" existe en France depuis 22 ans.

Ce mois de la sensibilisation au cancer du sein a été fondé en 1985 aux Etats-Unis, depuis, il mobilise des milliers de personnes, et lève des fonds importants. En France depuis 2004, 1.940.000 euros ont déjà été récoltés. A l’instar du ruban rouge créé en soutien aux malades du sida, Octobre rose a aussi son ruban.

Petite dernière en date: le Red day. Créé en 2005 aux Etats-Unis, le mouvement mondial de mobilisation Go Red For Women contre les maladies cardio-vasculaires chez la femme, a débarqué dix ans plus tard en France pour une première lancée le 7 avril dernier. A l’occasion de ce "Red Day", tous et toutes était conviés à porter du rouge et à poster le résultat sur les réseaux sociaux. L’idée étant ici de participer à une étude épidémiologique en ligne, dont les résultats seront publiés à la fin de l’année 2015.

Plus facile à relever qu’un défi sportif, le port d’un ruban, d’une tenue rouge ou encore d’une moustache permet quand même, à moindre effort, d’afficher sa solidarité à une cause. Mais est-ce suffisamment efficace? A la fondation Movember France, on opine du chef, chiffres à l’appui. Pour sa première édition en 2012, 5.300 personnes s’étaient inscrites au programme et 150.000 euros avaient été récoltés. Deux ans plus tard, le nombre d’inscrits est passé à 27.000 participants et le montant des dons a presque triplé avec 553.000 euros à la clé. Quant aux fonds, ils sont reversés à divers programmes de recherche médicale spécialisée dans la santé masculine, la plupart anglo-saxons.

"La campagne de Movember est une bonne chose"

Mais que pensent les grands noms associatifs français de ce genre d’initiatives prises de manière indépendante? Nous avons posé la question à Christophe Leroux, directeur de la communication et du développement à la Ligue contre le cancer.

"Nous, on est toujours contents. On profite de l’agitation sur les réseaux sociaux pour continuer notre travail de sensibilisation. C’est un travail complémentaire. Tant que celui-ci est éthique et solidaire, il n’y a aucun problème. La campagne de Movember est une bonne chose. En effet, le rapport des hommes à la santé est très différent de celui des femmes. Alors que ces dernières ont pour la plupart habitude de prendre soin d’elles, les hommes, eux, vont avoir tendance à laisser traîner avant d’aller chez le médecin".

Si à la Ligue contre le cancer, on reconnaît volontiers l’impact bénéfique que peuvent avoir ce type d’action sur la prévention, on met cependant en garde contre le parasitage commercial. Avec une opération comme Octobre rose, nombreux sont ceux qui n’hésitent pas à tirer profit de l’emballement médiatique que génère ce type d’événements.

Attention au "pinkwashing"

"Des partenaires, des entreprises n’ont aucun scrupule à s’asseoir sur la réglementation, et à se faire du fric sur le dos de la lutte contre le cancer du sein, ce n’est rien d’autre que du pinkwashing", analyse Christophe Leroux.

Le pinkwashing, c’est quoi? À l’image du greenwashing ou du capitalisme vert, il s’agit pour une entreprise ou un mouvement politique, par exemple, de récupérer une cause (ici le cancer du sein mais cela fonctionne aussi pour l’homosexualité) parce que son image est jugée positive ou qu’elle jouit d’un capital sympathie auprès de l’opinion publique. 

"Il faudrait créer une charte de bonne conduite, de manière à fixer un cadre et un discours pour éviter les dérives commerciales", suggère ainsi Christophe Leroux. Mais de manière générale, note-t-on, ces mobilisations associées aux plans cancer s’avèrent efficaces.

Les mentalités ont changé aussi. "En 2015, on a désormais une approche sociétale de cette maladie, la mobilisation se fait tous azimuts, de l’école à l’entreprise, signe que la société se transforme", souligne positif Christophe Leroux.