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Les seniors seront-ils les "oubliés" du déconfinement?

Emmanuel Macron dans un EHpad parisien, le 6 mars 2020.

Emmanuel Macron dans un EHpad parisien, le 6 mars 2020. - LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Dans son allocution de lundi soir, Emmanuel Macron a évoqué la possibilité que les personnes fragiles, parmi lesquelles les plus âgées, demeurent confinées après le 11 mai. Une perspective qui ne fait pas l'unanimité dans le secteur de la dépendance.

Les personnages âgées, où qu'elles résident, vont-elles devoir subir le confinement plus longtemps que les autres? C'est l'une des pistes évoquées par Emmanuel Macron durant son allocution de lundi soir. Une manière de permettre aux seniors, particulièrement vulnérables au Covid-19, d'éviter de le contracter durant les mois qui viennent. Interrogé à ce sujet sur notre antenne ce mercredi, le sociologue Serge Guérin décrit pourtant une situation "tragique".

Selon le bilan dressé mardi, 5470 morts liées à la pandémie ont été dénombrées dans les seuls établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes.

"Il y a quand même dans les Ehpad (...) des milliers de personnes âgées qui sont en train de mourir, qui sont perdues d'une certaine manière. Il y a des personnels qui sont autour d'eux, à essayer de les aider le plus possible, mais (...) on a un peu le sentiment qu'on les a (...) oubliés", dénonce-t-il.

Et d'appeler le gouvernement à intégrer les enseignements tirés de cette crise sanitaire à la prochaine loi consacrée à la dépendance. Un grand texte est annoncé à intervalles réguliers par l'exécutif depuis des mois. Au vu des circonstances exceptionnelles, il a été reporté sine die, au même titre que la réforme des retraites ou celle de l'audiovisuel public. Pourtant, rappelle Serge Guérin, les plus de 75 ans seront plus de 12 millions en France en 2050. 

Des seniors infantilisés?

Spécialiste des questions du vieillissement, le sociologue a lancé un appel publié ce mercredi sur le site du Journal du Dimanche, signé par une cinquantaine de personnalités issues des sphères médicale et politique. Il demande au gouvernement de mettre en place des "États Généraux de la séniorisation de la société". 

Selon lui, il y a toujours une tentation "d'infantiliser" les personnes âgées, souvent identifiées par le vague qualificatif "aînés".

"À quel âge on est 'aîné'? Qu'est-ce que ça veut dire derrière? Est-ce une personne qui est en pleine forme? (...) Si on avait des systèmes de tests, ces personnes-là pourraient (...) choisir elles-mêmes", plaide Serge Guérin, qui dit souhaiter avant tout que les seniors soient "impliqués" dans le dispositif sanitaire de l'après-11 mai. 

Un distinguo qui se justifie, selon Véran

Quoi qu'il en soit, le gouvernement est encore loin d'être fixé sur les modalités d'une potentielle prolongation du confinement pour les personnes dites à risque. Au sortir du Conseil des ministres ce mercredi, le ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran a rappelé qu'Emmanuel Macron avait donné 15 jours à l'exécutif pour esquisser un plan de déconfinement. Il a donc "sincèrement" botté en touche. 

"Je ne vais pas vous répondre aujourd'hui; nous avons un temps de préparation qui est absolument nécessaire. Le président de la République a raison de faire le distinguo entre une personne qui a très peu de risques de faire une forme grave de la maladie, développer des complications et d'aller en réanimation, et des personnes qui, statistiquement, ont plus de risques", a-t-il néanmoins abondé. 

Arguant du besoin absolu de protéger ces personnes fragiles, Olivier Véran a invoqué la grande campagne de dépistage actuellement en cours de préparation pour les Ehpad.

"Il ne s'agit pas d'imposer pour imposer des mesures dont je sais très bien qu'elles sont des contraintes qui peuvent être très lourdes au quotidien, et dans la durée. Nous aurons à faire le juste équilibre des choses, (...) nous le ferons en concertation avec les scientifiques, en concertation avec les médecins, et pour l'intérêt général", a assuré le ministre. 
Jules Pecnard