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Le yoga peut-il avoir un intérêt pour les enfants?

Un enfant lors d'une session de yoga à Pristina (Kosovo), le 21 juin 2021.

Un enfant lors d'une session de yoga à Pristina (Kosovo), le 21 juin 2021. - Armend NIMANI / AFP

Le yoga pour enfants, voire pour très jeunes enfants, a le vent en poupe. Une pratique bénéfique pour ses promoteurs, accessoire pour certains spécialistes.

"Yoga bébé 2 ans", "yoga bébé à quel âge", "yoga bébé heureux"... Sur internet, les recherches en lien avec le yoga à destination des enfants, voire des nourrissons, sont nombreuses. Les livres qui sont consacrés au sujet le sont tout autant, du Grand Livre du yoga pour les enfants à 52 postures de yoga pour les enfants. Et les cours de yoga parent-bébé ou yoga en famille essaiment, témoignant d'un vif intérêt sur le sujet.

"La pratique se développe", assure à BFMTV.com Brigitte Anne Neveux, présidente d'honneur de la Fédération française de hatha yoga et professeure de yoga. Cette ancienne inspectrice de l'Éducation Nationale, responsable de l'IUFM de Moselle pour la formation des professeurs des écoles, n'est pas innocente à l'essor de cette activité: depuis une trentaine d'années, elle est l'une des plus ferventes défenseuses du yoga pour enfant.

Du yoga "à tous les âges"

"On peut faire du yoga à tous les âges de la vie", assure Brigitte Anne Neveux, également auteure de Yoga et enfants. "Et dès la petite enfance." S'il ne s'agit pas, à proprement parler, de cours de yoga, cette ancienne inspectrice évoque une "mise en relation des enfants avec ces techniques".

"Le yoga est une médiation. J'en ai fait avec des enfants de maternelle, même avec des bébés qui allaient en crèche."

La psychomotricienne Catherine Lefevre, représentante de la Fédération française des psychomotriciens, vante des apports multiples pour les plus jeunes: aussi bien sur le plan de l'équilibre, la coordination, la dissociation, la souplesse, la force ou encore la précision du geste.

"Le yoga permet à l'enfant de mettre en place des apprentissages, notamment au niveau des composantes motrices telles que la maîtrise du tonus, l'inhibition, et de paramètres tels que le rythme, la lenteur, l'accélération", assure-t-elle à BFMTV.com.

Une pratique utile pour "se concentrer"?

Pour Alice Guyon, le yoga a même tout intérêt à entrer à l'école. "Dans l'éducation scolaire occidentale, il y a peu de place pour l'intériorisation du corps", regrette cette chercheuse au CNRS en neurosciences à l'Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire, qui a travaillé sur les bénéfices des disciplines corps-esprit (dont le yoga, le tai-chi et le qi-gong).

"Ces approches, comme le yoga ou la sophrologie, permettent de développer l'intelligence émotionnelle, d'observer ses sensations, de poser sa respiration et d'être à l'écoute de son corps sans que cela n'entre en contradiction avec les acquisitions scolaires."

"C'est une ressource qui peut aider l'enfant dans sa scolarité à résister aux perturbations, à se concentrer, gagner en résilience et en confiance en lui."

Un sujet controversé

Lors des ateliers philosophiques qu'Alice Guyon anime du CE1 au CM2, avant chaque séance, elle propose ainsi aux enfants une "pratique de l'attention", une sorte de courte méditation pour canaliser leur énergie et améliorer leur concentration. Dans ses formations aux enseignants, Brigitte Anne Neveux évoque le yoga comme un temps pour recentrer les enfants ou leur offrir une pause entre deux séquences scolaires.

"Après avoir été assis 45 minutes, on peut remettre le corps en mouvement, se lever, s'étirer, se masser. À l'école on apprend le savoir-faire. Le yoga développe le savoir-être, il dompte le mental. En cela, il a toute sa place en classe."

Mais si pour certains, ce type de pratique méditative en classe est une évidence, d'autres s'en inquiètent. Jean-Michel Blanquer a été alerté sur la tenue d'ateliers de "méditation pleine conscience" - une technique distincte du yoga - dans certaines écoles, présentés sous la forme "d'ateliers de relaxation" ou d'exercices "de respiration" ou "de méditation".

Des associations et syndicats s'étaient insurgés, jugeant qu'ils comportaient "des risques importants" et des "conséquences incertaines (...) sur le développement psychique des enfants".

Sur le plan scientifique, différentes études ont établi les bienfaits du yoga chez l'adulte: réduction des symptômes dépressifs dès deux à trois séances par semaine, diminution de l'anxiété ou encore renforcement du système immunitaire chez des patientes atteintes d'un cancer du sein. Mais chez l'enfant, aucune évaluation de ce genre n'a été réalisée.

"C'est de l'ordre du cosmétique"

C'est pour cela que la neuropédiatre Catherine Billard se montre plus réservée sur le sujet. Si elle reconnaît que le yoga fait partie d'un ensemble de "méthodes" qui peuvent "détendre" les enfants, elle ne va pas jusqu'à vanter des bienfaits sur la motricité, la concentration ou la gestion des émotions.

"Tout ce qu'on peut faire pour aider les enfants qui ont des difficultés d'apprentissage, qui sont anxieux ou agités est bon à prendre", note pour BFMTV.com cette spécialiste du développement cognitif, qui a coordonné une expérience de dépistage des troubles de l'apprentissage.

"Cela peut aussi aider l'enseignant dans la gestion de la classe. Mais ce qui se joue, c'est seulement sur le plan du bien-être."

"Chacun peut plus ou moins ressentir les bienfaits du yoga, mais je ne peux pas dire que cela ait de réelles répercussions positives sur les enfants, notamment en matière d'apprentissage", explique Catherine Billard. Pour cette neuropédiatre, "c'est de l'ordre du cosmétique".

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV