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Le Truvada, nouvelle arme contre le sida

La France est le deuxième pays à autoriser et à rembourser l'utilisation de ce traitement préventif contre le sida.

La France vient d'autoriser le Truvada comme traitement préventif contre le VIH. Il sera pris en charge à 100% au début de l'année 2016. Combinaison d'antirétroviraux du laboratoire américain Gilead, le Truvada a été mis sur le marché en 2005 en tant que traitement pour les malades du sida. Il s'est ensuite avéré que, pris quotidiennement ou même quelques heures avant et après une relation sexuelle, il permettait à des personnes saines de réduire très fortement le risque d'être contaminées par le VIH.

"Le Truvada est une combinaison de deux molécules antirétrovirales qui ont la capacité de bloquer la multiplication du virus une fois qu'il pénètre dans une cellule, donc il empêche sa dissémination dans organisme. Ce médicament, quand il est pris en prévention, permet d'empêcher l'infection des cellules par le virus", explique à BFMTV Jean-Michel Molina, infectiologue à l'hôpital Saint-Louis à Paris.

Pas un simple substitut au préservatif

Jean-Michel Molina a dirigé l'essai sur le traitement préventif Ipergay et se félicite d'avoir un nouvel outil pour compléter l'arsenal préventif. Le Truvada est aussi efficace que le préservatif, qui "ne suffit pas aujourd'hui" à enrayer l'épidémie du sida.

"Malgré diverses stratégies de prévention, l’épidémie du VIH reste toujours active", et continue de se propager à un rythme qui ne fléchit pas, relève une étude publiée mardi dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’Institut de veille sanitaire (InVS). Elle affecte tout particulièrement les jeunes hommes ayant des rapports homosexuels.

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a souligné il y a quelques jours que le Truvada "ne doit pas se substituer au préservatif". "Mais il permet de répondre à des situations dans lesquelles le préservatif ne trouve pas sa place, ou de répondre à des personnes qui ne peuvent pas pour différentes raisons en avoir un usage systématique, alors que ces personnes évoluent au sein de groupes où la prévalence et l'incidence du VIH est élevée", a-t-elle dit.

Une économie à long terme

La prise régulière de Truvada reste beaucoup plus contraignante que d’utiliser un préservatif, puisqu'elle demande un accompagnement médical. Son coût est beaucoup plus élevé aussi puisque que la boîte de 30 comprimés coûte 500 euros. Mais un générique devrait arriver sur le marché l'année prochaine, et Jean-Michel Molina estime que son utilisation est une économie à long terme.

"On estime que si on traite en prévention 15 personnes à risque on évite une contamination, or une contamination c'est pour la vie et le coût d'une contamination par le VIH aujourd'hui est extrêmement élevé", avance le médecin.

Le traitement préventif peine à s'imposer dans le monde

Le traitement préventif, également appelé "prophylaxie pré-exposition" (PrEP), est autorisé aux Etats-Unis depuis 2012 pour les personnes séronégatives dont le partenaire est séropositif et pour les toxicomanes s'injectant des drogues. Depuis 2014, la prescription de ce médicament a été étendue à tous les groupes à risque élevé d'infection, dont les homosexuels n'utilisant pas de préservatif.

Au-delà des Etats-Unis, le traitement préventif est à ce jour uniquement accessible au Québec, où les médecins ne sont pas tenus de préciser si le Truvada est utilisé à titre préventif ou curatif, alors même que la PrEP n'est pas officiellement homologuée au Canada.

Confrontée à deux millions de nouvelles infections par an dans le monde, l'OMS recommande depuis l'an dernier que la PrEP puisse être proposée partout aux homosexuels très exposés. En septembre, elle a étendu cette recommandation à toutes les populations exposées à un risque "substantiel", incluant prostituées et utilisateurs de drogues.

Malgré une forte mobilisation en Europe, avec un appel soutenu par plus de 80 associations, de nombreux pays hésitent encore.

Karine Lambin avec Vincent Deby