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Le port du masque, un casse-tête pour les migraineux

Près de 20% de la population française souffre de migraine. Les malades constatent une aggravation de leurs maux avec le port prolongé du masque.

Boutons, démangeaisons, souffle court... Mais aussi migraine. Le port du masque, qui se généralise à l'intérieur comme à l'extérieur depuis plusieurs mois, apporte son lot d'effets indésirables pour certains d'entre nous, parmi lesquels se trouvent les maux de tête. Une situation encore plus compliquée à vivre pour les migraineux chroniques.

Manque d'oxygène, chaleur, odeurs

Depuis le début de l'épidémie, Sabine Debremaeker, présidente de l'association La Voix des migraineux reçoit des témoignages de malades qui affirment que le port du masque accentue leur trouble. Le manque d'oxygène, la chaleur ou les odeurs - par exemple de lessive sur les masques en tissu - sont pointés du doigt.

Souffrant également de maux de tête récurrents, Sabine Debremaeker ne sort jamais sans son chapeau et ses lunettes. Tout un attirail auquel s'ajoute donc le masque, qu'elle ne peut retirer qu'une fois chez elle: "Je peux enfin respirer", dit-elle à BFMTV, soulagée. Mais dans les transports, dans la rue ou sur son lieu de travail, elle ne peut pas y échapper.

"Un port prolongé de masque peut déclencher une migraine, même dans une pièce confinée, avec de l'air renfermé", explique-t-elle.

"Je le porte par intermittence quand je vais faire mes courses, quand j'ai un rendez-vous médical", explique à France Info une autre migraineuse Ophélie, affirmant ne pouvoir supporter le port du masque plus de 45 minutes.

Les études manquent

Ces désagréments du masque, qu'il s'agisse des maux de tête ou de réactions dermatologiques, restent cependant peu documentés, note Le Monde. "Le niveau de preuve reste assez faible et il manque de larges études bien conduites pour pouvoir avoir une meilleure idée de la fréquence de ces effets indésirables", explique au journal Alexandre Bellier, vice-président de Bibliovid , une association de veille scientifique sur le Covid-19.

Un article scientifique paru en juin rapporte toutefois "ce type d’inconvénients chez des soignants qui portent le masque toute la journée", précise-t-il. Sur 343 soignants américains mobilisés sur le front du Covid, 245 avaient signalé souffrir de maux de tête après avoir porté des masques chirurgicaux ou N95 - l'équivalent américain des FFP2 - de manière prolongée.

"Leur travail est en jeu"

Pour les migraineux, "c'est dramatique car les arrêts de travail vont se multiplier", estime Sabine Debremaeker. "Leur travail est en jeu. C'est déjà très compliqué pour les migraineux sévères ou chroniques de garder leurs emplois", s'inquiète la présidente de l'association.

Près de 20% des Français souffrent de migraine, en particulier chez les femmes, d'après la Fédération française de Neurologie. Pour soulager ses patients, le neurologue Dominique Vallade a déjà délivré des certificats afin qu'ils puissent le retirer à leur poste de travail:

"Dans la rue, ils doivent porter le masque, point à la ligne. Mais effectivement, ça permet au moins dans un laps de temps où ils ne sont pas en contact avec leurs collègues, quand ils ne se déplacent pas, de ne pas le porter", explique-t-il à BFMTV.

Afin de minimiser la gêne, le spécialiste recommande par ailleurs de porter des masques de norme Afnor, l'association française des normes, pour leur capacité de filtration.

Esther Paolini Journaliste BFMTV