BFMTV

L'ex-dirigeant de Santé publique France déplore la "croyance" des décideurs dans l'inefficacité des masques

Le directeur général de Santé publique France, François Bourdillon.

Le directeur général de Santé publique France, François Bourdillon. - BERTRAND GUAY / AFP

Devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la gestion de la crise du coronavirus, François Bourdillon a estimé que le stock de masques n'a pas été reconstitué assez rapidement.

François Bourdillon n'a pas mâché ses mots. L'ancien patron de Santé publique France a ce mercredi regretté la "croyance" de nombreux responsables sanitaires dans la "non efficacité des masques" pour le grand public, contrairement à l'approche de réduction des risques prônée par l'agence sanitaire.

C'est "probablement une des explications du fait" que seuls 100 millions de masques chirurgicaux aient été commandés à l'été 2019 pour reconstituer le stock stratégique d'Etat, qui avait chuté de plus de 700 millions à une centaine de millions après la destruction de stocks en mauvais état, a-t-il déclaré devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la gestion de la crise du coronavirus.

L'agence de santé publique avait recommandé de porter ce stock à 1 milliard pour se préparer à une éventuelle pandémie grippale.

Alerte sur les stocks 

Un rapport de l'infectiologue Jean-Paul Stahl remis à Santé publique France en août 2018 préconisait en effet de prévoir une boîte de 50 masques par foyer comprenant une personne malade, soit 20 millions de foyers en cas d'atteinte de 30% de la population.

François Bourdillon, directeur général de Santé publique France depuis sa création en avril 2016 et jusqu'en juin 2019, explique avoir transmis, en septembre 2018, cette préconisation au directeur général de la Santé Jérôme Salomon, soulignant que l'état des stocks "ne permet(tait) pas une protection" du pays en cas d'épidémie.

Ce dernier lui a alors donné instruction de commander 100 millions de masques, ce qui a été fait, après lancement d'un appel d'offres, en juillet 2019: 32 millions ont été livrés courant 2019, le reste devant arriver début 2020, lorsque l'épidémie de Covid-19 a éclaté.

Le spécialiste de santé publique a également expliqué avoir demandé au responsable ministériel une "doctrine claire" sur la destination de ces masques.

"Gestion à la petite semaine" 

Si officiellement depuis 2013, hôpitaux et cliniques devaient eux-même déterminer l'opportunité de constituer des stocks de masques pour protéger leur personnel, il n'était pas clair si les stocks stratégiques gérés par Santé publique France devaient couvrir les besoins du grand public ou également ceux des soignants.

"Pas de commandes, pas de masques et pas d'instructions... On a le sentiment d'une gestion un peu à la petite semaine", a résumé le député LR Damien Abad.

François Bourdillon a par ailleurs défendu la pertinence de la création de l'agence en 2016, issue de la fusion de trois organismes, dont l'Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus), et son état de préparation pour gérer la crise.

H.S. avec AFP