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Glyphosate: Hulot se dit "fier" que la France "tienne bon" face à Bruxelles

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - Philippe Huguen-AFP

Les représentants des 28 Etats membres de l’UE ont échoué ce jeudi à s’accorder sur l’avenir du glyphosate, lors d’un vote qui n’a pas réuni la majorité requise pour renouveler de 5 ans la licence du pesticide controversé. La France faisait partie des opposants.

"La France, ce matin, j’en suis fier, a maintenu sa position sur trois ans". Alors que l’UE a échoué à trouver un accord sur l’avenir du glyphosate ce jeudi, le ministre de la Transition écologique s’est dit "fier" de la position française, opposée au renouvellement de 5 ans de la licence de cet herbicide controversé.

Nicolas Hulot s’est félicité que la France ait "tenu bon". Paris souhaitait que cette prolongation se limite à trois ou quatre ans. Les représentants des 28 Etats membres de l’UE ne sont pas parvenus à réunir la majorité requise pour cette décision.

La nouvelle proposition de réautorisation faite par la Commission européenne, pour une période deux fois plus courte qu'elle ne le souhaitait initialement, n'a pas convaincu les pays les plus réticents, comme la France. "Une majorité qualifiée n'a pas été atteinte, ni pour ni contre le texte proposé", a indiqué l'exécutif européen, soulignant que 14 pays, soit la moitié des Etats membres, avait toutefois "soutenu la proposition de la Commission".

La licence actuelle arriver bientôt à échéance

L'exécutif européen a indiqué qu'il allait désormais soumettre sa proposition à un "comité d'appel", alors que la licence actuelle dont dispose le glyphosate sur le territoire de l'UE arrive à échéance le 15 décembre.

La Commission avait initialement prévu un vote le 25 octobre, mais elle y avait renoncé après avoir sondé les membres du comité technique chargé du dossier, composé d'experts mandatés par les Etats membres. La proposition initiale de la Commission était de reconduire l'autorisation pour 10 ans, après le feu vert donné par l'Agence européenne pour la sécurité des aliments (Efsa), mais elle avait tenu compte des appréhensions de nombreux pays et l'avait réduite à 5 ans.

Nicolas Hulot avait assuré mercredi, à la veille du vote, que la France, membre de poids dans le cas d'un vote à majorité qualifiée (55% des Etats membres et 65% des habitants), ne voterait pas en faveur de la nouvelle proposition.

L'Europe divisée

D'autres pays comme le Luxembourg avaient également prévenu qu'ils voteraient contre, tandis que certains, comme l'Allemagne, se sont abstenus lors du vote de jeudi. Si le comité d'appel saisi par la Commission ne débouche toujours pas sur une décision majoritaire des Etats membres, la décision finale reviendra alors à la Commission. Mais le commissaire à la Santé Vytenis Andriukaitis a rejeté à plusieurs reprises l'idée d'assumer seul la responsabilité d'une décision de renouvellement, assurant qu'elle devait être "partagée" avec les Etats membres.

Les minutes de la réunion à huis clos du 25 octobre, publiées par la Commission, montrent que les opinions diffèrent largement entre Etats membres, qui n'y sont pas désignés nommément. Deux avaient défendu une autorisation pour trois ans, un autre une "élimination progressive" dans les cinq ans. Mais "plusieurs" Etats membres s'étaient prononcés en faveur d'un renouvellement pour 15 ans et avaient ajouté que le compromis le plus bas qu'ils pourraient accepter était de 7 ans.

Les agriculteurs en colère

La Commission y note également que le cadre réglementaire ne "permet pas de fixer une date de fin arrêtée pour la substance active", une entreprise gardant la possibilité de redéposer une demande d'autorisation lorsque la licence arrive à expiration.

Pressée de formuler une nouvelle opinion scientifique sur la toxicité du glyphosate après qu'il a été classifié en 2015 comme "cancérogène probable" par le Centre international de recherche sur le cancer, un organe de l'OMS, l'Efsa a eu une conclusion inverse. Les adversaires du glyphosate estiment eux que le principe de précaution devrait prévaloir. Sont venues s'ajouter à la controverse les accusations d'influence exercée par le géant de l'agrochimie Monsanto sur le contenu des études scientifiques publiées.

Le principal syndicat européen d'agriculteurs, le Copa-Cogeca, a jugé en amont du vote que la proposition portant sur cinq ans était "inacceptable": "Ni les émotions, ni la politique ne devraient régir des décisions aussi importantes", a regretté le secrétaire-général du syndicat, Pekka Pesonen. Dans l'UE, les pesticides à base de glyphosate représentent un marché d'environ un milliard d'euros. La substance active, herbicide le plus utilisé dans l'UE, est plébiscitée par les cultivateurs pour son efficacité et son faible coût.

Charlie Vandekerkhove, avec AFP