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Dépression: à quel point la génétique entre-t-elle en cause?

La dépression est une maladie qui touche tous les âges, depuis l’enfance jusque très tard dans la vie.

La dépression est une maladie qui touche tous les âges, depuis l’enfance jusque très tard dans la vie. - iStock - elenaleonova

Des chercheurs ont découvert que certains gènes avaient une grande influence sur la survenue de la dépression. Mieux les identifier permettrait d'orienter les chercheurs vers de nouvelles stratégies de traitement.

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A quel point la génétique et la dépression sont-ils liés? S'il existe une susceptibilité individuelle à la dépression en raison de facteurs de risques clairement identifiés (décès, perte d'emploi, séparation, traumatisme), toutes les personnes qui y sont exposées ne développent pas forcément la maladie. A l'inverse, certaines personnes souffrent de cette pathologie sans motif apparent. Leur vulnérabilité peut-elle s'expliquer avec leurs gènes?

C'est ce qu'affirment des chercheurs du Massachusetts general hospital, qui ont identifié 15 régions du génome associées à la dépression chez les personnes d'ascendance européenne.

"Identifier les gènes qui influent sur le risque d'une maladie est une première étape vers la compréhension de la biologie de la maladie elle-même. Plus généralement, trouver les gènes associés à la dépression devrait aider à préciser qu'il s'agit d'une maladie du cerveau, pour diminuer la stigmatisation toujours associée à ce type de maladie", explique Roy Perlis, l'un des auteurs de l'étude.

"Nous avons besoin de nouvelles cibles de traitement"

Si de nombreux travaux scientifiques se sont déjà penchés sur le sujet, les chercheurs estiment que l'effet de ces gènes serait trop subtil pour être découvert lors d'études à petite échelle. Contrairement aux méthodes classiques de recrutement, les scientifiques ont utilisé les données recueillies par une société de tests génétiques, avec l'accord des clients. 

Parmi les 460.000 personnes analysées, 121.000 ont déclaré avoir reçu un diagnostic ou un traitement pour la dépression. En comparant leur génome, les chercheurs ont découvert l'existence de 17 variations génétiques potentiellement à risque, réparties dans 15 régions du génome. "Plusieurs de ces variations sont situées dans ou à proximité de gènes connus pour être impliqués dans le développement du cerveau", précisent les chercheurs. Ces derniers concluent:

"Les neurotransmetteurs que nous utilisons pour traiter la dépression sont âgés de plus de 40 ans, et nous avons besoin de nouvelles cibles de traitement. Nous espérons que la découverte de ces gènes nous dirigera vers d'autres stratégies thérapeutiques".

Un lien entre environnement, psychologie et génétique

Ce n'est pas la première fois que le lien entre dépression et génétique est évoqué. Une personne dont l’un des parents fait une dépression "a deux à quatre fois plus de risques d’être lui-même dépressif", précise à ce sujet l'Inserm(*), qui ajoute que "certaines variations génétiques associées à cette vulnérabilité ont été identifiées". Néanmoins, les recherches actuelles évoquent l'impact de l'environnement sur ces variations génétiques.

"Les troubles tels que l'anxiété ou la dépression ont des causes à la fois psychologiques et environnementales, ainsi qu'une composante génétique", soulignent des chercheurs du CNRS(**). En clair, si le patrimoine génétique peut avoir une grande influence, celui-ci est modulé par l'histoire personnelle du patient ainsi que par leur attitude psychologique.

C'est pour cette raison qu'il est difficile d'établir d'emblée la bonne stratégie thérapeutique, même si celle-ci consiste généralement à prescrire des antidépresseurs associés à une thérapie cognitive et comportementale.

*Institut national de la santé et de la recherche médicale **Centre national de la recherche scientifique

Alexandra Bresson