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Covid-19: pourquoi on ne sait pas vraiment où les Français se contaminent

De plus en plus de voix s'élèvent afin que les autorités modifient leur stratégie face au coronavirus, et remontent plus loin dans les chaînes de contamination.

Depuis le 9 mai dernier, 4365 clusters ont été identifiés sur le territoire français. Parmi eux, 916 ont été investigués dans une entreprise, 817 dans une école ou une université, et 684 dans un Ehpad. Pourtant, ces chiffres ne donneraient en réalité qu'une vague indication de là où les Français se contaminent puisque selon de récents chiffres communiqués par Santé Publique France, seules 10% des contaminations sont issues de ces clusters.

De fait, la question se pose, où les Français se contaminent-ils vraiment? BFMTV est allé à la rencontre de patients en attente d'un test PCR devant un laboratoire de région parisienne. Pour tous, la même interrogation quant à un potentiel cas positif se pose.

"Au travail, on porte le masque, après je ne peux pas savoir d’où il peut venir", explique un patient, tandis qu'une seconde estime que "c'est un peu difficile de savoir, on côtoie beaucoup de monde."

Les autorités ne "cherchent pas à contrôler l’épidémie"

Du côté des professionnels de santé, cette situation interpelle également. Toujours à l'antenne de BFMTV, le professeur Olivier Bouchaud, chef de service à l'hôpital Avicenne de Bobigny en Seine-Saint-Denis dresse un tableau parlant de la situation.

"On a des réponses qui ne correspondent pas forcément à la vérité, c’est un problème. Mieux on peut remonter la chaîne de transmission et mieux on peut la couper", estime-t-il.

Or, les autorités sanitaires ne semblent pas décidées à mettre en place un système efficace qui permette de remonter ces fameuses chaînes de transmission.

"On ne cherche pas à contrôler l’épidémie, les autorités ont décidé qu’on allait vivre avec le virus. Donc le virus est partout, les gens se contaminent, on ne sait pas où", assure, toujours à notre antenne, l'épidémiologiste Catherine Hill.

Dans sa réflexion, elle est d'ailleurs rejointe par le Dr Jérôme Marty, médecin généraliste, président de l’Union française pour une médecine libre, qui lui aussi fustige la stratégie mise en place par les autorités sanitaires afin de lutter contre le Covid-19.

"Le virus travaille H24 et partout. Est-ce qu’on cible les vrais lieux de contamination? A l’évidence non. On sait que le virus diffuse aussi dans les écoles, diffuse dans les facultés, diffuse dans les entreprises. Est-ce qu‘on a privilégié le télétravail? A l’évidence non", martèle-t-il.

Plusieurs pistes de réflexion

Alors pour essayer d'en savoir plus sur les processus de contamination, Santé Publique France s'est associé avec l'Institut Pasteur pour de nouveaux travaux qui devraient permettre de mieux comprendre là où les Français contractent le coronavirus.

“Une étude épidémiologique va bientôt démarrer sur un échantillon important de cas où on va investiguer les circonstances de contaminations”, expliquait dans les colonnes du Huffington Post l'épidémiologiste Daniel Lévy-Bruhl. Les premiers résultats devraient être connus dans les prochains mois.

De plus, afin de remonter les filières de contamination, plusieurs professionnels de la santé expliquent que le gouvernement doit drastiquement modifier sa stratégie sanitaire. En lieu et place du traçage prospectif qui est actuellement utilisé, par lequel sont identifiés les cas-contacts d'un malade, ces derniers préconisent l'utilisation du traçage rétrospectif. Ce système doit permettre de savoir par qui le patient a été infecté.

"Si je détecte un cas (de Covid-19) en routine, j’ai très peu de chance d’avoir affaire à un super propagateur. En revanche, la probabilité est plus élevée pour celui qui a contaminé mon cas. Surtout s’il l’a contaminé dans un lieu clos, bondé, mal ventilé, sans distance physique. Si le 'suspect' est positif (…), vous convoquez tout le petit monde qui a côtoyé le cas index suspecté: quarantaines strictes, tests et si positifs, isolement (…). Seulement il faut aller vite", détaille ainsi Antoine Flahault, spécialiste de la modélisation mathématique des maladies transmissibles.
https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV