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Coronavirus: les abattoirs sont-ils des lieux à haut risque?

Alors que 115 abattoirs au moins été touchés par la maladie Covid-19 aux États-Unis, plusieurs cas apparaissent en France dans ces lieux de travail où la promiscuité est difficilement évitable.

En France, ce sont trois abattoirs où des cas avérés de maladie Covid-19 ont été recensés. L'hypothèse d'une tendance se profile, ce alors même qu'aux États-Unis, 115 abattoirs ont été touchés selon le Centers for Disease Control and Prevention (CDC), sorte d'équivalent de Santé publique France. Des entreprises dont la plupart ont vu leur activité se poursuivre pendant le confinement.

En Vendée, dans un abattoir de volaille à Essarts-en-Bocage, 11 personnes ont été testées positives au SARS-CoV-2, sur un total de 700 employés. À Saint-Jacul-du-Mené, dans les Côtes-d'Armor, 6 ont été testés positifs et à Fleury-les-Aubrais, dans le Loiret, ce sont 34 employés qui sont dans ce cas. Étant donné la poursuite de l'activité dans ces abattoirs et la promiscuité propre à ces lieux de travail, des opérations massives de tests y ont été déployées.

Des cas dans de nombreux pays

Aux États-Unis, le problème est pris au sérieux. Le CDC estime à 5000 le nombre de cas testés positifs à la maladie Covid-19 dans les abattoirs, sur un total de 130.000 employés. C'est donc 4% de l'ensemble des salariés du secteur qui ont été touchés. Là-dessus, 20 personnes sont mortes des suites de la maladie due au nouveau coronavirus.

Par ailleurs en Allemagne, trois abattoirs sont concernés. Le quotidien Die Welt évoque des chiffres impressionnants, parmi lesquels ces 400 cas positifs signalés à Birkenfeld, dans l'ouest du pays. En Espagne, deux sites sont touchés pour l'instant, avec un total de 374 cas testés positifs.

Selon The Guardian, les abattoirs irlandais sont durement touchés: au 14 mai, 571 salariés ont été testés positifs sur 12 sites différents. Des cas similaires ont été détectés au Portugal, au Brésil, en Australie et au Canada.

Promiscuité et sous-équipement

Aux États-Unis, les professionnels du secteur indiquent que le simple fait d'avoir continué à fonctionner pendant le confinement, contrairement à d'autres industries, peut conduire à un effet loupe. D'autant que beaucoup de salariés n'étaient pas nécessairement tous équipés de masques au début du confinement. 

Les entreprises sous-traitantes françaises ont elles aussi été touchées. Dans certains pays, les abattoirs de nombreux travailleurs immigrés, qui habitent ensemble dans des foyers, autres lieux où la promiscuité - et donc, le risque d'infection - est très forte.

Ventilation permanente

D'après l'étude du CDC évoquée plus haut, il y a d'autres facteurs qui expliquent que les abattoirs soient devenus des sortes de "clusters". Au-delà du mauvais équipement en masques, il y a le fait qu'il s'agisse d'un secteur stratégique (l'alimentation), où les salariés sont mal payés et se sont, pour beaucoup d'entre eux, vus promettre des primes pendant la crise du Covid-19. 

D'autres spécialistes évoquent la ventilation, les vapeurs, qui diffuseraient davantage de gouttelettes - celles émanant d'une personne qui tousse, typiquement. Or, ces entreprises sont souvent entièrement réfrigérées et ventilées en permanence. 

Jules Pecnard avec François Pitrel et Guillaume Lagnel