BFMTV

Coronavirus: la France suit-elle la même trajectoire que l’Italie?

Codogno, en Italie le 11 mars 2020.

Codogno, en Italie le 11 mars 2020. - MIGUEL MEDINA / AFP

Avec quelques jours de "retard" sur l’Italie, les cas confirmés de coronavirus en France continuent d’augmenter, sur un rythme qui s’apparente à celui de son voisin latin.

En seulement 24 heures, près de 500 nouveaux cas de coronavirus ont été recensés en France. Ainsi, mercredi soir, le bilan des contaminations dans l’Hexagone s’élevait à 2281 personnes dont 48 décès, a annoncé le ministre de la Santé, Olivier Véran. Chez nos voisins italiens, touchés un peu plus tôt que la France par l’épidémie, 12.462 personnes ont déjà été contaminées et 827 sont mortes. Doit-on s’attendre à ce que l’épidémie évolue de la même manière?

Une chose est sûre: le virus circule "de plus en plus activement dans des territoires de plus en plus nombreux", affirme le directeur de la Santé. Cette accélération trahit les nombreuses incertitudes qui subsistent face à l'évolution de ce virus encore mal connu. Par conséquent, il convient de se "préparer au scénario italien".

Les cas doublent tous les quatre jours

"Moi je vous dis que demain, on sera dans la même situation que l'Italie, a alerté sur LCI le Pr Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière. Les (services de) réanimation se remplissent de manière extrêmement rapide (...) je vois ce qui se passe dans mon hôpital et c'est la même chose à Strasbourg, à Vannes... on sait qu'on en n'est qu'au début."

En plus des foyers déjà identifiés notamment dans le Morbihan, le Haut Rhin, l'Oise ou la Corse, un nouveau point de contamination a été détecté dans l'agglomération de Montpellier. Et depuis que la France a dépassé la barre des 100 cas confirmés, le nombre de contaminations double environ tous les quatre jours, selon Simon Cauchemez, responsable de l'unité Modélisation mathématique des maladies infectieuses de l'Institut Pasteur, interrogé par L'Express.

En effet, le 7 mars, l’Hexagone comptait 948 cas, puis 2281 le 11 mars. Et cette vitesse de propagation correspond à celle que l’on observe en Italie: le 7 mars au soir, l'Italie annonçait 5883 cas, puis 12.462 infections le mercredi 11 mars. La diffusion du virus semble donc évoluer sur la même courbe entre la France et l’Italie.

Ne pas commettre "la même erreur" que l'Italie 

Toutefois, Simon Cauchemez relativise: "Même si le temps de doublement est similaire, ce n'est pas pour ça que la situation française sera égale à la situation italienne dans 8 jours, que l'on aura le même nombre d'infections confirmées sur le territoire." 

Pour ralentir la propagation du virus, le gouvernement a ordonné la fermeture de certains établissements scolaires, l'interdiction de rassemblements de plus de 1000 personnes en milieu confiné et la suspension des visites dans les maisons de retraite. Mais cette stratégie est-elle suffisante pour aplanir la courbe?

Pour l’ancien Premier ministre italien, Matteo Renzi, rien n’est moins sûr. Ce dernier exhorte ses voisins européens à ne pas faire "la même erreur de sous-évaluation des risques".

"De nombreuses personnes, que ce soit en France, au Royaume-Uni ou en Allemagne, ont décidé la semaine dernière d'aller au théâtre ou au musée parce qu'ils se disent 'On ne doit pas avoir peur, allons au théâtre!' Mais nous devons éviter de rester dans l'espace public", prévient-il sur CNN.

"La stratégie française est claire"

Le ministre de la Santé français, Olivier Véran, a de son côté assuré que toute la stratégie du gouvernement consistait depuis le début à "préparer les hôpitaux pour éviter que (la situation) soit trop tendue". "Quand on est face à un problème de santé, il y a deux techniques: soit on est chirurgical et on ferme tout, soit on est médical et on adapte le traitement en fonction de l’évolution des patients" (l'option retenue par la France, ndlr), analyse Eric Ducardonnet, consultant santé de BFMTV.

Et de poursuivre: "En Chine et en Italie, la réaction à mis un certain temps à venir. En France, en Espagne, en Allemagne on a dès le début mis en place une stratégie de prise en charge. Je pense que la stratégie française est claire: il s’agit de cibler les zones et attendre le moment où il faudra opérer." Reste à savoir si le maintien de cette stratégie permettra de dévier de la trajectoire suivie par l’Italie.

Ambre Lepoivre