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Coronavirus: l'infectiologue Gilles Pialoux dénonce "un déconfinement à l'aveugle"

Le responsable du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon a également dénoncé l'immobilisme des autorités quant aux tests prévus en France.

À peine 24 heures après le début du déconfinement, le corps médical reste inquiet quant à l'évolution de l'épidémie de Covid-19 en France. Invité ce mardi matin sur BFMTV-RMC, Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon de Paris, a même dénoncé un "déconfinement à l'aveugle". 

Pour ce dernier, la décision par le gouvernement d'alléger les restrictions de circulation mises en place le 17 mars dernier a été faite en dépit de plusieurs données pourtant capitales. 

"On l'a fait sans savoir où le virus circulait, sans savoir combien de personnes étaient positives, sans savoir la dynamique de circulation dans les entreprises", détaille-t-il.

"On marche sur la tête" 

De plus, Gilles Pialoux a également dénoncé un immobilisme qui, selon lui, a gagné les autorités françaises.

"On attend toujours quelque chose, là, on attend les tests. Il paraît que cette semaine, les autorités sanitaires vont nous donner une liste de tests (à utiliser, ndlr). On marche sur la tête, on en est à quatre mois d'épidémie et on en est encore à discuter des tests qu'on va utiliser", dénonce-t-il encore. 

"Sur les tests, on sait depuis le 16 mars que l'OMS a dit qu'il fallait dépister, le 16 mars, pas en avril", a-t-il poursuivi. "On ne combat pas les incendies les yeux bandés, on est dans un déconfinement à l'aveugle, on est très vigilants sur le terrain mais aussi très inquiets de voir comment cela va s'impacter sur les nouveaux diagnostics."

"On n'a pas de visibilité"

Ce spécialiste des maladies infectieuses a donc tenu à mettre en garde contre ce qu'il appelle le "côté youpi" du déconfinement, avec la perspective d'une potentielle seconde vague de l'épidémie.

"On a tous des joies, mais on est au milieu du gué, nous sommes le cinquième pays le plus impacté en terme de mortalité, il faut beaucoup d'humilité, et les politiques aussi. Il y a plein de choses qui vont arriver", a-t-il prévenu.

Pour Gilles Pialloux, il sera notamment important de suivre dans les semaines à venir l'état de santé des patients hors Covid-19.

"On sera vigilants sur l'arrivée des autres patients qui ont quitté la médecine de ville, les urgences... Tout cela va se croiser avec les patients Covid-19. On n'a pas de visibilité", conclut-il. 
Hugo Septier